jeudi, 13 décembre 2007
La maison de la sorcière
EN COURS D'ECRITURE
Il était une fois une fort vilaine sorcière qui habitait là où les hommes l'acculèrent. Elle était habillé de moeurs et de pudibonderie, faisant de cette anomalie ce que l'on ne veut pas y trouver. Quand elle finit par mourir à cause de notre insatiable curiosité, elle laissa place à la réalité que les mensonges et nos idées reçus avait rendu bien vilaine. Mais qui était-elle donc ? Sa grande sorcellerie lui donnait le pouvoir de prendre bien des visages, celui du dogme comme celui de la peur qui tour à tour se succédait pour y nourrir les fantasmes de nos cauchemars. Elle se renommait Ana, mais les mauvaises langues _qu'on ne revit jamais_ finirent par l'appeler anal ou anus dans sa forme latine (qui veut dire année), pour souligner l'horreur du sort qui lui fut asséné.
Aujourd'hui on sait que l'anus est une sorte de soeur jumelle de la bouche en négatif. On nous dit qu'une autre sorcière, mère de toutes les autres l'aurait privé à tout jamais de pouvoir s'exprimer, et que seule la belle du visage serait en mesure de chanter, de composer des poèmes, et que plus elle serait bavarde et heureuse de son inestimable don, plus elle réduirait sa soeur au silence sans qu'elle n'en sache rien. C'est terrible comme histoire.
Sa maison ressemblait à toutes les maisons de sorcières, faite de poils, de mauvaises odeur et même d'une porte qui, nous dit-on, donnait directement dans les jardins du diable en personne. Le plus démoniaque, nous dit la légende, est que chacun de ceux qui vivaient à l'époque y étaient assis dessus et portaient ainsi en eux les germes de l'infamies...
Le pire finissent par nous raconter les vieux du village après avoir un peut trop bu, est que les péts seraient l'haleine de son rire constatant que, malgré qu'on n'ait tout bien consciencieusement nettoyé, nous sommes encore toujours autant dans la merde !
L'anus, un procès en sorcellerie
Que n'a-t-on pas dit ou plutôt, que n'a-t-on tue, des siècles durant, de la réalité anale de l'homme et si aujourd'hui il ne fait plus vraiment débat dans le massage français il reste souvent une découverte pour bien des personnes et tout particulièrement les hommes. Mais ce tabou n'est pas l'apanage des émotions, il s'insinue partout où on ne fait pas individuellement la lumière. Dans beaucoup de massage "le problème du sexe" est régler par la pose d'une serviette dessus mais l'anus lui s'est chargé d'une sexualité en négatif très ancienne. Si le sexe la symbolise, et véhicule toujours une sorte de malaise comme croiser quelqu'un dans la rue, la nuit, l'anus lui est l'obscurité elle-même. Le pénis reste contournable mais l'anus lui ne l'est pas, on évite pas la nuit, on peut tout au plus se déplacer de réverbère en réverbère sur une peau que la lumière rend visible au premier balayage optique. L'histoire fourmille de ce type de no mans land marquant la frontière du conscient et de son opposé inconscient.
L'expression de "pécher silencieux" par exemple, que l'église employait pour qualifier la sodomie. Cette pénétration, par derrière, excursion vers la connaissance, le savoir, qui permettez moins d'échapper au grand dessein de Dieu, qu'au pouvoir séculier du clergé et de son pendant temporel, le Roi et ses ramifications féodales. Les fesses marquent bien dans leur topographie cette opposition, cette scission entre deux mondes inconciliables qui appartiennent pourtant au même corps. Ce dualisme sévère reflète les vérités cachées que révèle par l'analyse le corps confondu. L'inconscient joue se rôle primordiale de joint de dilatation dont il suffit de regarder les déformations, les aspérités, les blessures pour comprendre par déduction, les formes fantomatiques du refoulement, pour tenter de les résoudre par la compréhension.
Alors cet anodonte perpétuellement déglutissant, sous bien des aspects, reste la maison de la sorcière de beaucoup d'entre-nous. C'est là une des entrées directes sur l'enfer, et la peur d'y faire le ménage est plus celle d'y trouver quelque chose de non conforme, comme le dentiste qui en cherchant bien, finit par trouver. La bouche est gracile, belle comme le jour pouvant mentir avec aplomb... L'anus a la difformité des gens de la terre, il est franc, sans atour même si par l'épilation on tente de lui redonner un peu de tenue comme à un garçon d'étable que l'on chausserait de chaussures neuves.
Notre société actuelle, ultra communiquante perpétue se mythe du beau verbe mais considère que masser tout le corps jusque dans les recoins de cette maison hantée est audacieux et un rien provoquant. La loi répond même à coté, comme d'habitude lorsqu'il s'agit de comprendre ce que les textes condamnent par principe plus que par réflexions. Je crois, mais il me faut encore aller en chercher confirmation, que les contacts avec les zones intimes sont considérés en France comme "plaisir donné à autrui" et assimilés à de la prostitution. On appréciera la cathédrale de nuances dont la loi fait preuve mais il n'est guère éloigné du sentiment diffus qui prévaut... Faut-il vraiment aller chercher "si loin" l'épanouissement par le massage ? En massage français on demande s'il faut rester à tout jamais dans la mandorle trinitaire, du père de l'exercice traditionnel du massage, du fils masseur/massé, et du St-esprit législatif ? Non à l'exégèses ? Non aux apocryphes ? Pourtant cet anus n'est pas sans sans règne, sans magnificences, il exprime une sorte de tectonique des plaques qui nous révèle non pas une dérive des continents mais un parcourt corporel, qui pour vivre, a besoin de mouvements. Par l'anus au XIXème siècle on avait théorisé les caractères anaux qui permettaient de confondre le délit d'homosexualité par pénétration des fondements mais aussi par constatation empiriques des régressions organiques humaines vers le zoomorphisme. L'homme perdait ainsi son statut d'homme mais devenait aussi tout bonnement animal à tel point que le fameux Tardieu, titillé par le besoin d'aborder le sujet commencera son livre en s'excusant très longuement de devoir, au non de la science, parler de cette monstruosité "comment écrire proprement sur de la saleté"... Le massage français prend alors soudainement un sens nouveau lorsqu'on lui rend les reliefs de son histoire. Certes, nous nous croyons désormais loin des élucubrations de ce Tardieu mais cette radiation adaptative des comportements, pour coller au plus juste à l'opinion ambiante, n'a pas subitement disparue avec le changement de siècle, sous prétexte que ces observations furent invalidées. Elle reste diffuse et comme les sédiments conservent longtemps en mémoire le passé de nos pollutions, il est des régions du corps qui hurlent encore des bûchers de nos sorcières. Le massage assagi tout cela, le touché apaise et l'anus moins que tout autres, n'échappent à ce besoin archétypique de contact. Toucher c'est communiquer, c'est reconnaître, c'est décrire ce qui devient une attention enfin réelle. Résoudre les peurs que contient le corps comme autant d'enclaves... la suite à venir
Jeudi 13 décembre...
23:30 Publié dans Reflextions sur le massage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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