lundi, 16 juin 2008
Histoire du massage au Moyen-Âge
Ce texte provient de la rubrique histoire du massage du site du CFDRM
Au Moyen-Âge, les sources sur le massage se raréfient...
Le Moyen-Âge conserve cette idée fausse de période noire, sans pensées, qui attend la Renaissance. C'est faux bien sûr mais cela ne se vérifie pas en massage. Sa foisonne au 19ème, mais avant rien...
Quand commence et se termine le moyen age ? A la mort de l'antiquité. Bien sûr il s'agit-là de périodes et non d'édifices que l'on pourrait dater par son act de construction même si dans le cas présent nous avons celui de déconstruction, guerres perdues, successions etc.
L'antiquité prend fin, _comme nous le voyons sur le schéma de Jean-Francois Mangin, avec la chute avec la chute de l'empire romain d'occident en 476 par Odoacre. S'amorce alors ce que l'on nommera le haut moyen-âge matérialisé par la dynastie des Mérovingiens qui s'éteindra en 751. Charlemagne né au même moment et inaugure le règne des Carolingiens et l'émergence du Haut Moyen-Âge jusqu'en 987 avec la mort du roi, le traité de Verdun et la partition du royaume en trois parties, l'occidentale, la Médiane et l'orientale.
Les Capétiens entament un long règne contenant toute la période du Bas Moyen-Âge jusqu'en 1589 et l'événement de la Renaissance.
Mais que c'est-il passé en massage ?
Certes, nous disposons de textes de Galien, d'Hippocrate parlant de massages, de frictions comme Avicenne le fera au Xe siècle mais ensuite nous passons directement à Ambroise Paré qui conseille la friction pour favoriser la circulation du sang ; Guillaume Du Choul nous parle dans son livre "exercitations grecques et romaines", des massages qui se déroulaient dans les bains romains, mais ces ouvrages datent du 16ème siècle, c'est-à-dire de la fin du Moyen-Âge. Alors que s'est-il passé entre-temps ? Nous avons là pas moins de mille ans d'absence.
Dans le tableau de l'histoire des massages de George Berne et de Dujardin-Beaumetz, que nous propose Berne dans son ouvrage Le Massage de 1894(p.3), la division qui nous est proposée part de la période dite primitive pour s'achever à la 6ème, nommée, actuelle. Mais à la grecque, qu'il place en 4ème position, fait place celle de la Renaissance.
Le XIVème siècle verra une vague de froid sans précédent s'abattre sur le continent, marasme économique, pauvreté extrême, disette et en 1348 la peste décime les deux tiers de l'europe. De fait, on peut comprendre que les traces du massage se soient alors altérées, mais avant cette tragédie les Capétiens firent de la France le plus riche royaume d'europe jusqu'à Saint Louis, petit-fils de Philippe Auguste, alors pourquoi donc rien ne subsiste ?
Il est évident que beaucoup d'ouvrages sont à relire sous l'angle du massage mais les traces écrites de cette époque restent rares. Le livre sous sa forme actuelle en ce début du moyen-âge n'existe tout simplement pas. Le premier Codex dont on ait la trace, date du IXe siècle, voir la petite histoire du livre que propose le CFDRM sur la page des livres rares que contient son fond documentaire. Au paravent les écrits étaient sous forme de rouleaux que l'on nommé Volumen. Peu pratiques et surtout fragiles ils se conservaient mal à cause du support utilisé, le papyrus. L'invention du livre comme nous le connaissons aujourd'hui représente à la fois une évolution pratique et technique en remplaçant le rouleau de papyrus par la superposition de "pages" non plus en papier friable mais en cuir, en parchemin, c'est-à-dire en peau de vau tannée nommée Vélin beaucoup plus résistantes.
Jusqu'en 1450 le livre est manuscrit ce qui signifie, écrit à la main, et ce, généralement par des moines copistes qui se réunissaient dans une salle appelée scriptorium ou scriptorias au pluriel. L'importance de l'église, le nombre de monastères qui contenaient d'autant plus de moines que le gîte et le couver leur étaient assurés à des périodes souvent très instables du point de vue politiquement ou climatique, explique pourquoi les trois quart des ouvrages de l'époque étaient religieux et seul un quart traitait de loi et de médecine. Donc, si le massage se pratiquait de façon plus confidentiel dans les masures du peuple de France, nous n'en gardons pas de traces, en tout cas pas de traces écrites hormis celles que la médecine a pu laisser lorsqu'elle a su y trouver un intérêt médical et surtout braver les interdits qui pesaient sur le corps. Nous l'avons vu, à l'époque romaine, les thermes dans lesquelles se pratiquaient les massages étaient de véritables lupanars qui engendraient autant de grossesses illégitimes, que de maladies vénériennes au détriment de la morale, prè carré de toujours des religions. Au moyen-âge ce sont les étuves qui prennent le pas sur les thermes en hygiène publique et furent l'objet d'une étroite surveillance. Rappelons les nombreux écrits religieux condamnant le corps, sa faiblesse et les risques que cela comportait de se laisser aller au stupre et à la luxure. Un empire était tombait, alors que pouvait prétendre un corps lors du jugement dernier ? Le massage était une des portes du Latium donnant celle-ci sur le mal et l'église ne pouvait que le condamner. L'écrit peine donc a exprimer la réalité de la vie quotidienne des petites gens sachant que seules les élites savaient à peu près lire, écrire, et qu'il n'était pas aisé de se lancer dans la production lourde et coûteuse d'un livre traitant de sujets populaires aussi secondaire que le massage. Nous devons donc nous contenter de bribes au détour de livres traitant de tout autres sujets.
Alors, le massage qui avait accompagné l'empire romain lui-même inspiré des techniques connues des grecs, avait-il d'un coup disparu sous toutes ses formes ?
Il nous faut distinguer le massage direct fait dans l'objectif de rélaxer, de détendre autrui du massage pratique, indirect, que l'on pourrait nommer massage-malgré-lui mais quel qu'en soit l'objectif, gestes soignants ou esthétisants amènent invariablement à une confusion de sens que génère le toucher.
On peut masser sans s'en rendre compte, sans qu'il soit nécessaire de lui donner un nom. Doit-on nommer ce que la morale réprouve et ce que le corps attend et l'esprit comprend ? Que le geste soit thérapeutique, esthétique ou intime, son passage est source de bien ou de mieux-être mais son context peut-il suffire à l'isoler de ce qui constitue un massage et de sa définition ? La seule production de plaisir solliciter par le stimuli de la peau deviendrait-elle incongrue au regard de l'intention première ? Peut-on vraiment chasser tout sentiment de détente sous l'impulsion d'un toucher même si celui-ci n'était pas fait initialement pour détendre ?
Dans quelle mesure, l'époque, le rapport au corps pouvait-il permettre ces épanchements, ce laisser-aller ? Dans le petit peuple qui se levait à l'aube avec le soleil pour rejoindre les travaux des champs et ce couchait avec lui pour économiser au mieux les chandelles, peut-on envisager qu'il y ait eu massage ? Selon les périodes la vie était dure, violente, les maladies, les guerres, les catastrophes naturelles scandaient l'existence d'une vie faite de labeur souvent au service d'un plus puissant que soit. La nature des habitations, la promiscuité ne laissait elles-mêmes sûrement pas beaucoup de place à la vie intime et aux prélassements de leurs habitants. Néanmoins, de ce peuple est né bien des formes de jeux, de distractions ; certains s'en sortaient incontestablement mieux que d'autres. Le temps permettait alors de penser à soi comme le suggère l'art de la toilette indissociable du paraître en société. Les bains, l'utilisation des onguents, des huiles, des plantes réduites en pommades est l'amorce du massage. Il est étrange qu'une tradition romaine ait ainsi subitement disparue. De plus, si le massage est aussi anciennement lié à la prostitution de par la proximité qu'il convoque avec le corps, c'est parce qu'il fait partie intégrante de l'histoire de l'homme. On peine à croire que cette forme de prostitution ou en tout cas de collusion avec le corps ait brutalement disparu sur ordre de l'église. Que l'ordre ait été donné cela ne fait aucun doute, que les menaces afférentes aient été prononcées, nous le croyons bien, mais il y eu toujours des latitudes non négligeables entre la décision et l'application, entre les nécessité de la morales vue par d'autre et les nécessité du corps vue par soit sans même qu'il soit utile de condamner le laxiste. La seule compréhension de l'ordre, la seule perception de l'inconscient à toujours plongé l'homme dans des abîmes de réflexions qui certes, produisaient leurs effets mais dans un laps de temps qui suffisait toujours à l'expression d'une forme de liberté primitive difficilement contrôlable. Les chansons, les jurons, prenaient des libertés que ceux qui les prononçaient n'auraient pas eu l'audace d'orchestrer. La dérision suppose un espace de liberté insoupçonné auquel le massage n'a sûrement pas pu échapper surtout quand il permet d'aborder le corps de l'aimée. La caresse qui précède, accompagne ou succède à l'amour charnel est un massage primitif et il nous semble étonnant que ces mille ans de moyen-âge ne soient que gomme et néant et n'ai n'ait trouver d'alternatif pour se développer.
Là où ça se complique c'est que plus les sources sont anciennes, plus elles sont difficiles à localiser puis à déchiffrer. De plus, le massage n'est jamais qu'un geste qui ne nécessite pas d'outils pérennes et ne refait surface lors de fouilles archéologiques que de façon détournée.
Par exemple, la proximité que le massage entretient traditionnellement avec le bain et la toilette de façon générale est à la fois son malheur et ce qui le sauve. L'énormité de la production en faveur de la toilette l'a complètement esquivé. Le massage n'a besoin ni de fares, ni de vêtements ou de parfums nécessitant autant de métiers, d'outils et de gens pour espérer ressortir de quelques vestiges ayant échappé au temps comme à la destruction des hommes. Néanmoins, l'encombrante personnalité de la toilette à permis la création spécifique de vases, de flacons, de pilons pour la production des huiles, des préparations que la proximité avec l'art de la toilette n'aurait jamais produit au bénéfice d'une pratiques interdite et peu fréquente. Ni potiers, ni peintres, ni graveurs ne se seraient spécialisés dans des ustensiles marginalement utilisés et peu vendu si ce qu'ils contenaient ne servaient indistinctement à l'une comme à l'autre.
L'huile, l'onguent pour affiner la peau ne se satisfaisait pas de l'ivresse mais exigeait le flacon qui donnait à la beauté le statut qu'on lui prêtait. Ainsi le massage se glissait dans le sérail des productions artistiques et empruntait à la beauté le vase qu'il partageait avec elle. De son côté, la toilette ne pouvait se séparer de ce fidèle compagnon de ses origines par lequel passe la fascination qu'entretien la peau avec la main, la main, avec la peau. Toucher,prendre dans tous les latitudes fonctionnelle de la main ne peut se faire sans masser.
L'église fut-elle néfaste au massage ?
En histoire il faut se garder des jugements de valeur et considérer que l'interdit vient de rien pour aboutir nulle part. L'empire romain d'occident ne s'effondre pas comme cela, sa décadence avait commencé depuis longtemps. Les romains eux-même se lassaient des facéties des Dieux de leur panthéon, de toute cette extravagance et après s'être pris d'engouement pour la nouvelle conquête Egyptienne, les romains se rapprochèrent des cultes monothéistes, de Mythridate ou des sectes Chrétiennes.
L'église percevait l'exaspération du peuple pour ces agapes, pour ces fêtes sans fins devenues plus nombreuses que les jours travaillés qui ruinait le trésor et déstabilisait l'empire.
Les bains romains, les massages étaient devenus des lieux de luxure et après la dissolution de l'Etat, il est assez compréhensible que la propension aille vers plus de sobriété. Néanmoins les bains comportent en eux la dynamique du massage, longtemps dans l'histoire l'on eu des serviteurs, des "gens" qui s'occupaient de vous. La préparation des bains tout comme la cuisine, le lavage du linge ou la confection des vêtements nécessitaient beaucoup de mains-d'oeuvre. Il est donc assez naturel qu'a la suite du bain le massage se soit immiscé avec davantage de discrétion qu'au paravent mais avec tout autant d'évidence jusqu'à ce que le puritanisme fasse son travail de sape.
Néanmoins nous aimerions trouver des traces de cette condamnation. Y eu-t-il des textes spécifiques mentionnant clairement le massage ou en tout cas la friction ? Y avait-il d'autres mots pour le nommer ?
Bibliographie
Pour l'instant, au vue de ce que nous en savons au CFDRM, il n'existe pas d'ouvrages occidentaux traitant du massage de façon directe. Avicerne, médecin perse du Xe siècle écrira un Canon de la médecine dans lequel il abordera le massage à des fins thérapeutiques avec gravures à l'appui ce qui constitue une source de grade valeur mais rien en France et rien en europe à notre connaissance. Néanmoins, nous voyons bien que la dimension thérapeutique titille la médecine. La poudre de momie, la bave de crapaud et biens d'autres délicatesses appartenant au règne animal, végétal mais aussi minéral furent pillées, réduites et proposées sous toutes les formes possible que l'on retrouve dans des antidotaires. Nulle raison pour que le massage, les manipulations échappe à cette volonté de soigner sachant le potentiel de détente et les effets évident que le massage a sur la santé. Ce n'est pas pour rien qu'une des gravures du Canon de la médecine d'Avicenne, présente un massage des lombaires. Toutes ces méthodes thérapeutiques parfois très invasives ou répugnantes au résultat sujet à caution auraient été préférées à celles réputées efficaces et agréables ?
15:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, massage, moyen-Âge

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