dimanche, 31 mai 2009

Sabots et verbes de souillon

J'ai deux Amour, mon Auvergne et Paris
Même si c'est le massage qui dévore toute ma vie

Dieu que cet art est beau lorsqu'on s'en fait créateur,
créateur en massage français
Être celui par lequel passe tant de rêves éphémères
Un Corp allongé,
qu'il soit celui d'un homme, d'une femme, d'un bébé ou d'un vieillard
Qu'il soit mourant, fou ou prisonnier
La graphie de la vie vaut toutes les beautés

Sous tes mains putain, sous tes mains
Sous tes mains tant de mots, tant de choses passent
C'est toi qui en est ce grand ordonnateur
et qui glane à coup de gestes
l'enchantement d'une peau qu'on laisse à regrès

Une peau qui parle pour des doigts qui écoutent
Toute autre parole reste muette, la souillon
tu donnes à sa bouche la même valeur qu'au trou de son cul

Cul comme commencement.
Loin du cul mort des pédés
Comme est mort ce sexe vexant des hétéros estampillés
Rennaîssent, ici, en massage français, comme autant de possible.
Tu leur masses le sexe comme tu leur masses les doigts
Et certains comprennent que de la niche à l'olympe
un rien les en séparent
ce n'est plus seulement une question de distance, de taille.

Masser c'est voyager, c'est découvrir l'autre par le prolongement de soi
Masser c'est y être.
C'est perçevoir ici, là, sous tes doigts une parcelle de son âme, une bribe de l'esprit qu'anime le souffle de celui qui expire.
Expirer pour mieux respirer et ramasser sous sa poitrine l'espoir ressasé d'être enfin compris par quelqu'un.

C'est la façon qui change tout
C'est de regarder comme jamais personne ne prend le temps
Regarder,
juste avoir été là, l'espace d'un massage

Un homme qui s'endort sous les mains d'un masseur
que les vents de ses rêves emportent comme feuilles,
à travers les champs communaux de son corps,
et lui qui cours derrière,
qui rigole, qui virevolte,
tant de fraîcheur, de fragrances fragiles
que tu regardes avec lui en promeneur attendri
un peu vieux, un peu seul et pourtant si vivant

et bien les esprits qui saisissent cela
ne ferment pas les yeux pour avoir été las
Mais ceux qui saisissent cela
Ne les ferment vraiment que pour avoir le bonheur,
tout aussi nu qu'eux, d'avoir pu tout simplement être là.

Je suis comme Jean le bleu, le sabotier de Giono
Mon massé est mon sabot
et chaque cor au pied doit y trouver sa place
Pour pouvoir dire quand j'aurais trépassé


N'avoir vécu pour n'avoir été qu'un faiseur de massage
Moi, un masseur au pieds nus

 

Dimanche 31 mai 2009
Cabello Alain

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