mercredi, 21 octobre 2009

1 Massage français, et 1789

Les influences de la Révolution française sur la création du massage français.

Je vais tenter de vous présenter ce massage qui officie à la réussite de mon établissement à Paris depuis plusieurs années et instaure cette si nouvelle, si forte perspective qui s’installe entre deux corps, masseur(se)/massé(e), perçu autrement et que je nomme massage français.

Quelle est la pertinence de cette technique, sa validité, sa force, son histoire ? Sa pertinence est celle de l’impérieuse nécessité pour un pays de l’envergure de la France de disposer des outils rendant corps à tout ce que sa culture a su sublimer au travers de l’art du vin, de la gastronomie, de l’architecture et des milles autres arts et métiers qui ont forgé la France. Mais un terroir sans corps est un pays sans hommes alors que ce sont nos mains, nos bras, nos jambes qui ont officié à tout cela. Masser, c’est aussi bâtir des cathédrales, le massage est aussi une histoire politique, la Révolution française n’est pas sans rayonnements qui ne soient capables de réchauffer dans ses mains, une femme, un homme, un vieillard, un fou, un enfant. Et bien justement, l’histoire de ce massage français part de la Révolution française qui établit le renversement des dogmes pour l’avènement d’un corps social pourtant pauvre et analphabète appelé à devenir bouillonnant, érudit. Dans cette optique, peut-on persister à masser comme il y a dix siècles en Chine, sachant que je ne suis ni chinois, ni un contemporain du XIème siècle ?

"Politiquement cela s’est traduit par l’éviction de la monarchie, d’un roi qui disait : "Nous", en se substituant au peuple jugé incapable de penser par lui-même, pour proposer à la place, l’idée révolutionnaire qu’être soit, chacun et multiple dans un Contrat social était l’avenir commun."

Ce Nous enfermait, excluait ceux au nom desquels ont parlait sans jamais les consulter alors que paradoxalement l’individualisme du "Je" qui semblait un appauvrissement de la force collective devenait une force en amenant des serfs à devenir des hommes, des illettrés à devenir des sachants progressivement amenaient à penser Je tout en constituant un Nous autour d’une identité nationale comme la France."

Tous les hommes demeurent libres et égaux en droit mais quoi, peut-on nous demander d’intégrer politiquement ce que nous nous refusons corporellement ? Doit-on masser à des fins thérapeutiques et jamais à celles plus abouties de la compréhension globale de notre personne physique par laquelle passe la perception concrète de soi ?

Quand le citoyen est amené à penser par lui-même, il faut s’attendre à ce que son corps s’émancipe à son tour et exige de nouvelles prérogatives comme l’illustrera bien l’histoire de la mode, du naturisme et de l’hygiène. Moi, corps vivant, ne suis-je pas plus complexe, biologiquement, que toutes vos institutions politiques ? Le peuple devient hommes et ceux-ci égaux les uns vis-à-vis des autres, donc quide de moi, corps constituant ? Suis-je subordonné à vos révoltes culturelles ? Oui par l’emprise que vous consentez à d’autres d’avoir sur vous, mais non par la propension que vous avez à vous échapper des dogmes pour être libre des autres en souhaitant vous libérer vous-même. Le sexe, l’anus, aussi scandaleusement inaccessibles que le sont encore aujourd’hui en 2009 les trottoirs du Palais de l’Elysée, sont au mieux un racisme corporel, au pire un consensus mout, seulement ce sexe, cet anus sont parties de moi-même et exigent l’égalité de traitement. La marche des gueux est en route.

Lorsque toutes ces étapes sont passées, pouvait-il subsister un pénis-monarque dans cette assemblée du corps que constitue les organes siégeant en constante opposition avec un anus gueux et crotté symbolisant le peuple qu’il est sensé représenter ? L’art du massage se moque de ces disparités sociales, tout au plus retraduit-il dans ses techniques les limites culturelles que s’imposent ceux qui les édictent mais le corps lui, avec ses besoins si inextinguibles de contacts au point de payer pour cela, se fiche de ces différences.

Seulement peut-on masser le sexe sans risquer la confrontation avec la sexualité ? Je répondrai, peut-on gouverner sans risquer la confrontation avec le peuple ? Cet argument est celui du XVIIIéme lorsque le peuple était considéré comme une bête sauvage alors que le « risque » de « confrontation » est devenu la chance d’un dialogue ? Peut-on toucher à l’anus sans circonvenir aux règles de bienséances ? La réponse est non. Sexualité et règles de bienséances volent en éclat dans la façon dont elles se sont construites l’une par rapport aux autres mais pour se reformer avec davantage de justesse. S’essuyer après une douche ce n’est pas souhaiter extirper toute trace d’eau dans son corps sinon, à quoi ressemblerait-il ? Assécher la sexualité du corps et vous aboutirez à la même incompatibilité du vivant. Le sexe est vitalité comme l’art est expression mais si parler est un art poussé jusque dans les limites de la poésie, du slam, de la lecture, nos mots au quotidien redeviennent instruments de communication communs à tous.

De même pour le sexe, si l’amour, la baise brutale ou un bouquet de fleurs sont des formes évoluées de sa dialectique, notre vie de tous les jours sexuée jusque dans nos vêtements, ne se traduit pas en permanence par un coït. La place qu’à la sexualité dans le massage français n’a guère plus d’affinité élective avec le sexe à proprement parler, outre le fait qu’on l’a domicilié un peut trop immuablement à son implantation géographique en allant jusqu’à confondre par le mot, l’organe et la pratique, mais cela n’est pas l’expression de sa nature mais bien celle dévoyée des hommes qui se l’interdisent au point de vouloir la règlementer. Nous ne faisons que revenir à nos fondamentaux corporels et dire dans sa forme actuelle, le massage français est la plus moderne façon d’alléger son passif en le replaçant dans son contexte de corps en demande de relaxation. Faut-il que cela évolue sur de la sexualité sous prétexte que jouir est naturel et que l’envie est là ? C’est Michel Onfray qui a merveilleusement vulgarisé le concept de l’impératif catégorique de l’hédonisme par le jouir et faire jouir à ceci près qu’il parle bien de l’individu et non du professionnel, et qu’installer la sexualité dans une profession c’est s’exposer au mal-être sociale alors que tout à l’heure nous parlions au travers du massage français d’Art. Mais nous y reviendrons plus en détail.

Avec le sexe et l’anus nous avons là les deux opposés comme sur une tapisserie médiévale où le Roy est brodé grand et le serf bien petit mais il ne faut pas oublier le petit peuple du corps, les genoux, les creux poplités, les doigts des mains, des pieds, les lèvres, la raie des fesses, les bourses des garçons, le mont de vénus des femmes, les aisselles, les poils, les grains de beauté, tous rassemblés sous les fenêtres de ceux qui les portent sur eux au quotidien tout en leur laissant leur statut de gens de peu. Le massage français, c’est quitter l’aristocratie des idées reçues pour celles plus novatrices des idées reformulées au gré d’un corps changeant, bébé, enfant, adolescent, adulte, vieillard et pourquoi pas homme mort. Tout masser pour être entier sous l’égide d’une éthique qui n’est plus ici l’expression morte des dogmes anciens érigés en valeur par ceux qui nous l’imposent mais la forme la plus évoluée de la pensée au service d’un métier réfléchi par chacun.

Ainsi avez-vous les grandes lignes de la place qu’à prise la Révolution française dans le cheminement du massage du même nom, en installant subrepticement un nouveau rapport d’intelligence entre le corps devenu enfin entier et un massage émergeant nourrit au plus intime de lui-même par les couleurs de sa culture d’élection.

Samedi 10 octobre 2009
Alain Cabello P/O le CFDRM

2 Massage français, et naturisme historique

Le cheminement historique du massage français au travers de la capilarité des évènements touchant à nos métiers du massage.

Qu’emprunte le massage français aux mouvements naturistes ?

Le corps, nous l’avons vu, s’émancipe de la politique non pas en l’évitant comme on le lui a toujours appris à le faire en laissant à la noblesse le soin de penser pour lui, mais au contraire en l’intégrant. Le latin "démos" signifie "peuple" et le plus célèbre des ses préfixes "kratos", "le pouvoir", indique l’appropriation du pouvoir par le peuple mais le corps lui, reste sous l’influence des dogmes. Le corps judéo-chrétien n’est pas touchable, il reste intime et prisonnier de sa fonction reproductrice à laquelle Dieu à voulu le réduire et devient impropre lorsqu’il se laisse aborder sous quelque angle que ce soit dès lors que son dessin est l’évasion du mariage et de l’obéissance. Hors de question de l’ausculter nu, de le disséquer, l’Europe vivra plus de mille ans avec les convictions médicales de Galien enseignant à Rome, dans l’antiquité, une interprétation de l’anatomie qui s’avèrera désastreuse et que colportera la médecine du moyen-âge ainsi que celle de la Renaissance pour les mêmes raisons que celles qui présidaient à la destinée de ses travaux. Interdiction de disséquer le corps d’un homme. Galien était un novateur, un incontestable médecin qui se piquait de toutes les sciences qu’un esprit curieux pouvait embrasser toutes au regard de leur balbutiement et de la rareté des ouvrages disponibles. Il préconisait d’ailleurs le massage.

Vésale, célèbre anatomiste du XVIème siècle, ira jusqu’à payer des malfrats pour qu’ils consentent, au péril de leur vie, à décrocher pendant la nuit moyennant finance, des pendus du gibet dont les familles elles-même avaient interdiction formelle de leur offrir une dernière demeure sous peine de subir le même sort. Pas question de les enterrer religieusement mais pas question non plus de les laisser découper par de douteux médecins qu’on soupçonnait à juste titre, au regard de l’expérience qu’avait l’Eglise en terme de répression, de vouloir remettre en cause l’existence de Dieu.

Galien disséquait des animaux, Vésale s’offrit, au nom de la connaissance le plus illustre d’entre-eux, l’homme. La religion bannissait du salut les pécheurs les plus indiqués pour l’être au regard de leur statut de miséreux mais offrait sur des brocards d’ors les clefs du Paradis à des rois-dictateurs des mains même des descendants de St-Pierre, alors vous imaginez bien, que lorsqu’à la Révolution française, avec la tête du Roi, la bourgeoisie se paya celle de l’église, le choc fut tel qu’il n’était pas question de faire table rase de toutes les habitudes, croyances et autres superstitions de l’époque. Ce n’est pas une institution qui s’effondrait sous les coups de boutoirs de ce l’on a bien voulu pour l’histoire nous présenter comme étant ceux du peuple, alors qu’il s’agissait de l’aristocratie montante, mais bien de deux institutions, ensembles, monarchie et clergé, qui disparaissent du devant de la scène avec force chansons. Mais quand un dogme, celui de la monarchie, meurt en emportant le second dans la disgrâce et la vindicte et bien il faut trouver ailleurs et en urgence un autre pouvoir pour remplacer celui qu’on a déstitué et une autre croyance moins contraignante et plus accommodante, les sciences. L’église vous promettez le salut dans l’au-delà ? et bien nous vous en promettons un deuxième temporel, ici-même, maintenant, sur cette terre.

A la mort de Louis XVI on n’était pas des crétins recouverts de pierreries qui dansaient sous les pampres de Versailles pendant que le peuple crevait de faim, les intellectuels qui illuminèrent ce siècle des Lumières, brillaient déjà en France mais aussi en Allemagne sous le nom d’Aufklärung. On connaissait l’électricité, le vol en montgolfière, les ascenseurs et la révolution industrielle était en marche en Angleterre. Les sciences étaient l’avenir, l’espoir de tous et ce corps que l’église interdisait de toucher pour des raisons religieuses et de moeurs, les sciences conservaient seules le privilège de le scruter, de le palper.

Des usines qui grossissent, des hommes qui quittent la terre de leur famille pour aller tenter leur chance en ville et c’est l’immense migration des corps qui se rhabillent de la légèreté des campagnes, qui souffrent au travail, qui meurent de l’exploitation, qui se cognent au manque d’espace de ces logis sans jardin. Ce seront les Allemands qui les premiers réagiront contre le manque d’hygiène, de place, d’activité en célébrant la gymnastique, le culte du corps sain, muscler et libérer de l’oppression et de l’insalubrité. Les associations explosent d’adhérents parce qu’elles sont le terreau de ces grands-messes et proposent les infrastructures adéquates et très nouvelles telles que des douches... Le corps est beau, le corps est nu mais il reste pauvre et vivre sans ces vêtements c’est toujours une économie bienvenue. En France ce sont des personnes comme Élisée Reclus qui préconiseront le naturisme repris par les frères Gaston et André Durville dont le grand-père, Hector, sera le fondateur de l’École pratique de Massage et de Magnétisme. Nous y voilà.

Le siècle qui se déroule à leurs pieds est occupé par le grand boom de l’industrie, le foisonnement des découvertes, l’accès à l’école pour tous et les initiatives en tout genre « pour voir si ça marche ». Le massage n’échappe pas à cela avec l’émergence de la méthode Suédoise que Pehr Henrik Ling (1776-1839) ira construire au fur et à mesure de ses voyages au Danemark où il rencontrera Ming, chinois passionné par les techniques de massage thérapeutique chinois mais aussi en Allemagne, en France et en Angleterre. Ling sera contesté pour n’avoir pas mentionné les emprunts disons, marqués, au kung fu dont on retrouve des planches de mouvements du corps quasiment identiques pour l’enseignement de sa méthode qu’avait publiée au même moment le Père Amiot. C’est le Dr Johan Georg Mezger (1838-1909) qui sera à l’origine de son "système de massage suédois" inspiré des travaux de Ling.

En France on s’organise autour des Ordres médicaux pour rayer toutes les pratiques annexes qui alimentent la médecine traditionnelle et qu’exercent d’ailleurs avec d’excellents résultats les religieuses. Toute personne ayant des activités thérapeutiques sans être diplômée d’Etat s’expose désormais à des sanctions pour exercice illégal de la Médecine et justement, les rebouteux de nos campagnes sont visés car, eux aussi pratiquent des formes de massages avec leur lot de réussites. Ce sera A. Georgii, gymnaste suédois et élève de Pehr Henrik Ling qui inventera le mot "kinésithérapie" en 1845 en s’inspirant de nos rebouteux, de Ling et des travaux qui s’en suivront tout au long du 19ème évaluant les effets physiologiques du massage sur les hommes mais aussi sur des animaux moins bavards qu’on peut cogner à souhait et disséquer, voir Castex.

Le massage marche et opère des mariages insolites comme celui avec l’électricité, le magnétisme, on essaye tout.

En même temps que le massage thérapeutique occidental et récent se développe, la condition des massages traditionnels souvent asiatiques se compliquent. Avec les mouvements naturistes se multiplient les écrits allant dans le sens de la sélection par la race, la bonne santé physiques et le quotient intellectuel, comme Défense et illustration de la race française par Georges Rozet Ed. Félix Alcan1911 que nous possédons à la bibliothèque du CFDRM et qui montre bien ce lien que l’on tisse entre gymnastique et corps ariens. Les mouvements gymniques et naturistes s’installent, les hommes et les femmes se découvrent sous un nouveau jour, l’homosexualité bénéficie de cet esprit contre lequel le massage s’adosse tout naturellement.

Massage, sexe et naturisme, liberté des corps, allègement des moeurs, facilitation des rencontres, l’histoire occidentale du massage s’écrit au détriment des massages exo-européens contre lesquels s’engage une chasse aux sarcasmes, surtout en France, pour qui n’est pas estampillé du sceau des censeurs médicaux seuls aptes à entériner toute thèse qui s’est frottée à leurs collèges d’experts. La nudité des corps amène à la dissolution, dans la nature comme en massage, et c’est contre cela que l’homme doit s’élever pour se distinguer, aller contre sa nature, s’extraire de sa condition, s’élever par l’esprit à part qu’aujourd’hui, c’est le discours inverse, retrouver notre nature de laquelle nous nous sommes trop éloignés même si les lois continuent à nous interdire de masser comme d’ailleurs de nous mettre nu. Exercice illégal de la médecine, atteinte au bonne moeurs, le peuple avance mais les loi s’éloignent.

Alors que fait notre massage français ?

Et bien il s’inspire lui aussi, comme tout buvard humain, des possibilités qui s’ouvrent à lui au travers de son siècle et que je me propose de vous exposer dans le papier suivant afin d’en limiter la taille mais, ce point d’histoire qui n’engage que moi et mes connaissances qui seront à jamais imparfaites, devaient êtres rappelés afin que vous soyez en mesure d’évaluer mon aptitude à vous le présenter.

mardi 13 octobre 2009
Alain Cabello P/O CFDRM

3 Massage français, et naturisme pratique

Massage français et mouvements naturistes par la pratique.
Génèse de l’histoire d’un massage en marche. Nous sommes tous le fruit de notre culture et les massages n’échappent pas à ces courants. Le naturisme en est un, ancien, et vital.

Après la libération des droits c’est le corps qui se délivre avec tout ce que cela évoque en terme d’hygiène, de liberté convertie à ces originaux adeptes du "vivons-nu" pour lesquels nous avons, avant de devenir naturels, été mus par des exigences sociales et sanitaires. Sur de nombreuses cartes postales du début du 20ème disponibles au musée du massage du CFDRM, nous voyons entres autres massages et bains de boue, des bains de soleil constituant une cure de santé que pratiquent des hommes et des femmes parfois nus, se laissant masser, doucher, photographier.

En massage français s’est inscrit à nos textes fondateurs l’impérieuse nécessité de laisser ceux que nous ne nommerons désormais plus client(e)s mais massé(e)s, choisir la tenue qui leurs convient le temps de leur séance. Nombre d’instituts imposent encore la douche obligatoire, la serviette sur le sexe, voir des strings jetables juste destinés à cacher l’inmontrable nudité du sexe et éviter les dérives d’une clientèle sexuée. Lorsqu’on leur demande pourquoi ces précautions la réponse fuse, sans appel : « Par hygiène Monsieur. ». Cela signifie que même douché de près, je reste organiquement sale, sali par mon sexe, salissant par mes exigences sexuelles et salisseur par mes mains de garçon que je ne manquerai pas de mettre sur la cuisse de la personne préposée à ma détente.

L’état naturel de l’espèce à laquelle j’appartiens, l’homme nu, pose ainsi problème à des professionnel(le)s du corps sensé(e)s avoir travaillé sur les tenants et les aboutissants de leur métier, seulement comment masser en instruisant, sinon un climat de terreur corporelle, du moins une suspicion sans même s’être demandé ce que cela impliquait socialement et humainement ?

Riche de l’argumentation féministe des années 70, nous voyons qu’il s’agit d’une nouvelle humiliation sexyste qui s’adresse non plus à un sexe mais au sexe et qu’il se double d’un anti-corporalisme où le corps doit être nettoyé de toutes ses scories sociales, de toute trace d’érection, de pertes séminales masculines ou féminines, de sexualité et de désirs parasites d’arts anciens. Mais le risque est que de masseur de vivants, je deviens subrepticement un prestataire de massage où le massé est mon client alors que dans l’optique du massage français je redeviens une personne massante qui se situe en fonction de la personne massée dans un jeu de perceptions qui ne peut exister sans l’implication des deux.

Déshabillage / Rhabillage

Se déshabiller seul(e) derrière un paravent, se doucher seul(e) « par hygiène », s’allonger toujours seul(e) sur une table de massage à 75cm du sol pour laisser un masseur que l’on ne connait absolument pas, commencer sa séance réduite à un simple set de gestes techniques indéfiniment rejoués et vous êtes là dans un rapport académique au corps.

Revoyons donc le déroulé technique que propose le massage français, déshabillage/rhabillage, massage à proprement parler et douches accompagnées ne sont plus la décomposition naturelle des séquences d’une séance dont le massage serait isolé dans sa bulle objectif-résultat. Chacun de ces moments entrent tour-à-tour dans une dynamique active qui devient autant de petits massages en soi, une succession d’espaces qui se tiennent comme une chaîne destinée à actionner le mécanisme de la confiance et de la relaxation.

Cette chemise que l’on me déboutonne et que l’on va me retirer est l’illustration de ces épaisseurs qui m’encombrent et qui vont tomber au sol à l’instar de mes tentions, de mes aprioris qui se présentent comme autant de toxines participant à entretenir mon stress. Me faire masser c’est évacuer tout cela par l’énergie d’un touché, par la cinétique d’un mouvement et dans ce qui doit être évacué nous proposons que les vêtements en fassent partie.

Votre mise à nu ne sera pas plus brutale qu’une technique consciencieusement appliquée. Le(la) professionnel(le) sait que la personne est venue volontairement chez lui, elle en a fait la démarche et à cela nous disons que le corps doit être libéré par un touché qui comme tout contact commandé, doit se faire de concert et la place de la pédagogie est essentielle.

Le déshabillage devient une prestation, un petit massage en soi qui se doit d’être entendu comme tel, c’est comme une sorte de rite moderne de décente en soi par un massage qui me prend dès le début comme je suis, avec mes vêtements du jour et l’on me reconstruit lorsqu’on me restitue en me rhabillant. Entre les deux scènes vestimentaires une plus juste conscience de ma totalité est venue me compléter. Erection, une problématique d’homme. La problématique des hommes en massage c’est l’érection que nous retrouvons aussi dans le naturisme, « Oui mais si je bande ? ». Le massage français propose une approche frontale en communiquant sur des supports tels que les sites professionnels afin que ce qui se manifestera souvent même lors du déshabillage ait été abordé et désamorcé en ligne. Si vous ne mettez pas à plat le passif de la sexualité et de la nudité, votre massage partira de bais. Nous avons une clientèle d’hommes et de femmes, avec des caractéristiques d’hommes et de femmes, c’est à nous, professionnel(le)s du massage français à savoir nous mettre à leur diapason. Pour moi professionnel, une érection n’est qu’informationnelle, c’est un état corporel qui ne laisse pas préjuger de vos moeurs ou de votre sexualité sachant que vous allez vers quelque chose où précisément la sexualité a sa place puisque sur le chemin de la relaxation se trouvera les plus belles entrées sur la sexualité mais est-ce pour autant qu’il faille que cela prennent le pas sur toutes autres sortes d’écoutes de soi ?

La douche

La personne étant nue, je vais la doucher, debout (à la parisienne), allongée (à la romaine), à genoux (la douche du pénitent), accroupi (à la vietnamienne) et toutes les autres variantes positionnelles telle que la douche romaine inclinée par exemple qu’on retrouve sur des pièces d’archives de plus d’un siècle. L’intelligence qui s’installe alors entre laveur et lavé est merveilleuse, régressive, nouvelle et tellement rafraîchissante que nombre de personnes viennent de temps en temps que pour la douche. Elle est une élégante façon de diversifier sa pratique et de lui donner un relief surprenant.

Vous lavez le corps que vous avez déshabillé, votre touché ne sera pas encore tout-à-fait technique, il est approche et diplomatie, vérité et savoir vivre, propreté et découverte ensemble d’un élément liquide commun.

Le massage français, 3 variantes

Le massage français se décline en trois variantes qui sont la plus fine façon d’être au plus proche du corps sans froisser la culture que l’esprit interroge sans cesse.

Le massage français classique ne touchera pas au sexe, raie et seins lors du massage comme de la douche. Il suffit alors d’inviter la personne comme je le fais quotidiennement à procéder elle-même à son hygiène intime. Idem pour le séchage qui devra s’aligner sur le massage choisi en conscience.

Le massage français origine est la même chose que le précédent mais avec un massage plaqué sur le sexe et l’exécution, avec la lame que constitue le groupe de muscles hypothénar de la main, d’un massage de la raie qui procèdera de la même façon lors de la douche.

Le massage français organique se veut globaliste avec un massage de l’ensemble du corps comme de sa toilette. Bien des personnes viennent se faire masser en fin de journée et il est utile que vous soyez à l’aise avec ce corps dont vous avez fait l’axe de votre métier. Aucun de ces trois massages français n’est mieux par rapport à l’autre, la nudité elle-même ne doit être qu’une possibilité de plus d’atteindre la relaxation et non son canal exclusif. Vous aurez ainsi de nombreux faisceaux optionnels dans ce massage qui l’enrichiront et dont la non sélection ne sera pas son appauvrissement mais son adaptabilité. J’ai eu massé un juif orthodoxe qui est resté entièrement habillé lors de sa séance et son massage ne fut pas tronqué ou spécial, il fut juste conforme à ce qu’il voulait.

Alors pourquoi tout masser ou pourquoi ne masserions pas tout ? Le massage tantrique le fait depuis des siècles mais l’intention est fortement asiatisante alors que le massage français c’est l’occident pris dans ses valeurs démocratiques en se conformant à la spécificité de chacun.

Lorsque vous êtes massé, les yeux fermé, vous n’avez plus qu’une représentation mentale de votre corps. Le massage c’est être allongé et le calme qui l’entour, le repos que l’on recherche sont proches de l’état nécessaire au sommeil sachant que l’objectif ici n’est pas de dormir mais de s’écouter masser. Et bien, lorsque vous êtes allongé dans votre lit, le soir, si vous ne bougez pas vos jambes pendant quelques minutes, vous ne saurez plus où se trouvent avec certitude vos pieds. Si vous ne les bougez pas, si vous ne réanimez pas vos terminaisons nerveuses qui permettront leur localisation, ils auront disparu. Votre conscience sait qu’ils sont là mais votre corps sensible les aura égaré. En massage c’est pareil, si vous ne massez pas tout le corps il s’éclipse de votre mémoire, vous savez qu’il est là mais vous venez chercher cette capacité qu’ont les doigts de votre masseur ou de votre masseuse à réactiver l’éventail de vos perceptions, zone après zone. Reste juste à savoir qu’elle importance vous donnez non pas à certaines d’entre-elles dans la représentation sociale à laquelle vous vous conformez mais bien de savoir ce que vous souhaitez re-découvrire dans cet espace neutre que vous organisent ces trois massages français.

Ce n’est plus ce que j’en pense, ce que le masseur va penser, ce que les autres en penseront mais ce que je veux sentir de moi-même. Le regard de mon masseur n’est pas intrus, il est le prolongement du mien et ses mains sont le véhicule qui va me permettre cette rencontre. Finissez, après deux ou trois heures de massage, par une nouvelle douche accompagnée, corrélées à son rhabillage, et c’est la plus sublime façon de voir éclore l’homme, la femme, loin des contingences du paraître.

Les mouvements naturistes qui traversent le massage français ont le même discourt que l’esprit qui les animent mais là, leur valeur est palpable. On ne se met pas nu pour se montrer nu mais pour être soi, fondamentalement soi, indépendamment de tout jugement de valeur. Un masseur ou une masseuse formé(e) au massage français se gardera de toutes observation de nature à évaluer. « Quel âge me donnez-vous ? Le poils n’est-il pas gênant pour vous lors du massage ? Massez-vous aussi les hommes ? » au travers de ces phrases communément entendues dans nos établissements se glissent l’exclusion, le mépris de la vieillesse, les dogmes dévastateurs de la beauté et le besoin d’être rassurer en s’entendant dire qu’on y échappe mais ce professionnel du massage français doit me dire, me faire comprendre par les mots, que la graphie de la vie suffit aux joies des toucheurs que nous sommes. Vous ne pouvez pas être à mes yeux beaux ou belles sans que se glisse le négatif de ces observations malvenues dans un massage si elles ne sont pas contrebalancées par l’éthique.


Dans la présentation suivent je vous présenterai les liens des mouvements alter mondialistes qui parcourt le massage français.

Lundi 19 octobre 2009
Alain Cabello P/O CFDRM

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