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Massage et art

  • Massage et peinture

    739028901.jpgEssai

    Je ne fais que lancer des débuts de réflexions de ce qui sera l'âme de mon travail. Le Massage est un art, il est peinture, il est théâtre, il est danse, chorégraphie, écriture. Dans mon institut je suis un peintre dans son atelier, je cherche, j'expérimente, je travaille de l'émotion brute que je dois canaliser pour coller à de la "déjà mise sur le marcher". Des gens m'ont parfois invité à essayer des choses sur eux, et par eux seulement le masseur n'est pas seul devant une toile mais en confrontation avec de l'existant et donc de l'imprévisible. Par ce qui existe je dois composerL'écrit est une bonne transition. Masser c'est déjà de l'écriture, de la peinture peau à peau.

    Poussin, Arcimboldo, Pissaro avec son pointillisme incarnent des mouvements picturaux qui reflètent la sensibilité d'un peintre qui entrera en résonance avec un public ayant déjà au fond de lui les germes de compréhension de ce que la sensibilité d'un homme aura vue avant les autres. Le massage est le petit véhicule des arts. Il s'insinue quasiment dans tous les arts, dans chaque mouvement interstitiel de la société.

    Un massage doit toujours être relaxant
    Le massage est relaxant comme la peinture ne serait qu'académique. Un visage ne saurait être autre chose qu'un visage et encore, un visage idéalisé, aimant mais pas un visage réaliste, pas difforme. Que serait donc un massage fait par Jérome Boch ? Pourrait-il exister dans la noirceur d'un Dubuffet ? Un massage peint, un massage de couleur dans lequel son exécution serait hors norme, défiguré, étrange pour un rendu absent là où l'on s'attendait qu'il soit pour le prix qu'on n'y met, un massage présent là où jamais il n'aurait dû être.
    Nous voyons bien qu'une peinture avec toute la culture ancienne que nous avons acquis c'est un coup de coeur, un achat impulsif, de la couleur, un nom, une signature mais aussi un ou une peintre, une blessure, une émotion de laquelle s'échappe des fluides corporels qui se transforment en quelque chose de l'ordre de l'expression. Il y a des marchands, des galeristes, des collectionneurs mais que deviendrait un massage sur une cimaise ? Y aura-t-il des marchands d'art du massage ? Des galeristes exposant des artistes masseurs ? Ce réalisme, cette crudité qui fait parfois dire qu'il ne s'agit pas d'art, comment la techno, comment les origines du monde, comment jouer une pièce de théâtre présentée nu n'aurait-elle pas les mêmes effets qu'en massage ? Je me souviens d'un Monsieur qui me disait qu'il avait essayé un massage fait d'effleurement avec des pièces de soie et que pour lui ce n'était pas du massage. C'était sûrement vrai au demeurant, comment en effet pourrait-on comprendre la réalité de l'existence de quelque chose qui n'existe pas dans son fort intérieur ou qui est tellement profondément enfoui qu'il ne peut le saisir ? Et puis ce qu'on en dit est rarement ce qu'en en pense vraiment tant dans l'allant d'une conversation se trouve aussi de ce que les autres veulent entendre pour vous valider. Pour le massage l'insulte suprême c'est "ce n'est pas du massage". Le massage français par exemple intègre un massage du sexe, de l'anus et beaucoup s'interrogent sur la nécessité de masser le sexe. Ça revient à se demander si il faut tout peindre dans la peinture. Le sexe comme les rides d'un vieillard sont-ils montrable, sont-ils porteur d'esthétisme, de sens ? L'érotisme qu'il ou la dénégation qu'il suggère en première vue ne révèle-t-il rien d'autre à ceux qui en sont les protagonistes, masseur, massé ou spectateur ? Le sexe ramène par l'appauvrissement réductionniste que nous en avons mais comme le vieillard ramène à l'érotisme mais par la déviance et l'image en négatif qu'on en a. Est-on vraiment sûr qu'il s'agisse d'une pipe ? Imaginez un peu l'horreur de cet écrit.Le sexe, c'est-à-dire le corps, le vieillard, c'est-à-dire le corps sont-ils porteur de sens ? Est-ce que le vivant est porteur de sens ? Est-ce qu'un sexe peu s'extirper du sexe, peut-il, dans la France de 2008 relever d'autre chose que de la police des moeurs ?
    si le sexe en massage est l'équivalent des origines du monde alors les Origines de monde n'est pour la France que la représentation hyperréaliste d'un vagin qui ne ramène et ne montre qu'un vagin. Rien ne vous empêche de vous branler devant comme devant le sexe du David de Michel Ange mais rien ne vous empêche non plus de vous lancer dans des études de l'histoire de l'art. La serviette pudiquement posé sur le sexe n'est-elle pas cette feuille trilobée du moyen-âge que la vigne nous fournie pour dissimuler ce qui est trop complexe pour le comprendre ? Le massage doit-il en commander par paire pour que l'anus reste dans ses enfers ?

    Il y a le grand public du sexe et puis ceux pour lesquels le massage devient une piste de lecture corporelle nouvelle. Anticipant la culture la perception la précède et le massage est avant tout de la perception, de l'intuition. Bien des gens confondent le sens même des massages selon leur origines, relaxant, zen, thérapeutique, médical mais combien perçoivent ce qu'il contient ? Un massage ça vie, un massage ça souffre et un massage ça meurs aussi et pour cela, nous n'avons pas l'orthèse de la couleur qui est déjà un alphabet visuel facilement perceptible. Le rouge pour le sang, le noir pour la mort, la blanc pour la candeur. Pourtant un geste raté c'est comme un pinceau qui dévie, si ce n'est pas bon toile et peintre le sauront et un massage finit c'est un tableau de deux sensibilités. Les coups de pinceaux sont aussi perceptibles dans les deux sens. Le grand public veut du sexe, comme le grand public veut de l'image, du pictural à consommer sur place, massage d'une heure d'un thaïlandais par masseur(se)s sans formation ou décalcomanie d'une toile de maître sans signature, on est dans la boulimie de l'accès à tout pour au final n'avoir rien. Mais le public est homme et dans cet homme se trouve la part de moi-même qui cherche autre chose que ce dans quoi je me noie à trop consommer. Le massage est ce tronc dérivant et sur ce tronc je peux faire un vrai massage. Pas besoin d'accoster dans une école de massage pour rejoindre telle technique constituée depuis des siècles en de véritables îles. Elles ont leur sens mais il n'est pas le seul. Tout s'apprend même des technique déjà découverte par d'autres, maîtriser le pinceau, l'harmonie des coupleur, faire soi-même et puis voir. Voir si ce que cela donne est bien, passionnant, révélateur ou si ce n'est pas de cette façon que je cristalliserai ma sensibilité.
    Je parlais plus haut de fluides corporels, la peinture procède de ces multitudes de fluides transfigurés par le pigment et compose avec cette crudité comme le massage compose avec les fluides corporels humains. La sueur, les pertes séminales, la salive épanchée de lèvres endormies sont l'invisible pigment du massage. Le praticien qui en fait fi technicise son toucher au détriment de cette autre présence tangible et tutélaire. Le corps ne peut se réduire à sa seule graphie, à un esthétisme changeant, à son périmètre définissant comme le contour d'une toile serait la toile. Notre esprit nous amène au-delà de ces frontières physiques mais il ne peut les quitter tout à fait s'il en méconnaît certaines. Un corps qui meurs est un corps qui vit et le corps d'un ancien vivant reste à tout jamais celui d'un homme ou d'une femme qui fut. Le massage ou plutôt devrais-je dire les massages sont fait de ce réalisme philosophique. Un massage mourant, un massage réduit à la sexualité, un massage qui fut est toujours la rencontre entre deux personnes, de deux recherches existentialistes.

    Lundi 10 mars 2008
    alain cabello