lundi, 04 mai 2009
Our Body se Glane

... l'objet de ce papier c'est, qu'elle est ma position, en tant que masseur, face à cette expo Our body relevant d'une sacré prouesse technique ?
De quoi s'agit-il ? En fait c'est une exposition faite de cadavres humains rendus exquis par plastination, ce qui veut dire qu'on leur a remplacé leurs liquides organiques par du silicone, un peu comme pour Paméla Anderson, quand on la détèrrera dans 1000 ans, son cercueil sera tout fusé mais elle aura toujours sa poitrine affolante. L'expo a tourné dans moult pays en créant partout la fascination et l'intérêt de 30 millions de visiteurs comme aux USA, en Allemagne et en Espagne. En France, aucun souci à Lyon et Marseille mais à Paris, boom, le bordel.
Deux associations portent plainte contre la société “Encore Events”, organisateur de l'exposition, pour obtenir l'interdiction de cette manifestation. Un juge des référés Parisiens l'a donc interdite le jeudi 23 avril 2009.
Précédent international admirable.
Ben oui moi je suis d'accord avec l'arrêt de ce Tribunal. Le côté éthique de l'exposition ne me pose pas de problème, montrer un corps nus, soit-il mort n'a rien de choquant, depuis l'antiquité les cours de dissection se pratiquent en public, même si la plupart du temps, les médecins n'avaient pas le droit de s'exercer sur des morts humains, d'où les erreurs accablantes de Galien. Non, moi ce qui me choc c'est plus leur provenance, la Chine et sa passion bien connue pour les droits de l'homme qui laisse supposer de la façon dont l'autorisation a été extorquée à ces victimes, puisqu'il semblerait que 17 de ces corps soit ceux de prisonniers exécutés.
Non content de les avoir accusé, condamnés à la peine de mort, voilà qu'on les embroches pour la postérité.
L'avantage c'est qu'ils auront au moins pu quitter leur pays, même si c'est en y laissant la peau des fesses... Mais bon, il eu été plus sein de s'arranger pour que ces corps proviennent de pays démocratiques et en tout cas pas de condamnés à mort. Cela ne veux pas dire les exécutés des prisons américaines ne soient pas dignes, dès-lors qu'il en font la demande, de participer à l'expérience, mais qu'il y a quelque chose de pervers dans l'idée qu'un Etat soit en mesure de présenter en candidat un de ses propres ressortissant condamné à mort par le dévoiement même de leur droit.
Que ces prisonniers le demandent d'eux même sur proposition d'une organisation non gouvernementale, ok mais que ce ne soit pas l'Etat condamnant qui puisse en faire la démarche.
On ne doit pas pouvoir condamner et exécuter au nom du droit et dépecer au nom de la science.
Aucun pays n'en est digne et les USA, mais aussi la France, petite donneuse de leçon, ressemblent à bien des égards, plus à ces corps sanguinolents qu'aux démocarties bien nées qu'elles exhibent de façon ostentatoire.
Demandez à travers le monde qui serait prêt à donner son corps pour une telle aventure, et vous êtes certain que vous obtiendrez bien plus de demandes qu'il ne sera nécessaire.
Nous pourrions même peut-être piocher dans la population homosexuelle qui, à défaut de pouvoir donner son sang mais aussi ses organes, puisque vous savez qu'en France, si l'on ne prend pas le sang décrété consubstantiellement poisseux de VIH dès la naissance des pédés vivants, on ne prend pas non plus les organes d'un pédé mort, "j'en ai fait l'expérience, même mort, nous gardons notre pouvoir destructeur, peut-être alors serions-nous moins nocifs plastifiés ?
Our Body se Glane et c'est toujours la même dévastation des droits à laquelle on assiste et il est des fois où la République m'enchante d'être français. Merci à ce Tribunal.
samedi, 25 avril 2009
Alain Cabello
08:28 Publié dans Massage & Violence | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 16 juillet 2008
Masser le sexe d'un défunt
Masser le sexe d'un défunt
Nous avons sur cette page un très bel exemple de manifestation de sexualité occidentale contemporaine passant par le massage d'un sexe de gisant. Les exemples ne sont pas rares dans l'histoire ou telle dépouille, devenue symbolique se charge de pouvoirs aphrodisiaques mais dans le cas présent il se pose l'étonnante question de la moralité de l'action.
C'est en 2004 qu'une dépêche de l'AFP déclare que "Yves Contassot, adjoint (Verts) du maire de Paris chargé des jardins, dont dépendent les cimetières, doit se rendre vendredi au Père-Lachaise, devant la tombe de Victor Noir, qui fait l'objet d'attouchements jugés inappropriés par ses services... Mais de quoi s'agit-il ? De l'étrange sort qu'il est advenu à Yvan Salmon, plus connu sous son nom de plume au journal La Marseillaise, Victor Noir, journaliste de 22 ans, tué au pistolet en 1870 par le Prince Pierre Bonaparte, neveu de Napoléon Ier et cousin de Napoléon III alors au pouvoir sous la Restauration, pour être venu lui demander des comptes au nom d'un de ses confères avec lequel il avait eu maille à partir.
L'affaire de ce duel avait à l'époque fait grand bruit et participé à discréditer Napoléon III qui perdait, la même année, la guerre qu'il avait déclarer à la Prusse.
Le Prince fut bien sûr acquitté mais le scandale ne s'arrêta pas là. Transféré au cimetière du Père-Lachaise à Paris, le caveau fut recouvert d'un gisant de bronze, signé par le sculpteur Aimé Jules Dalou, également à l'origine du "triomphe de la République" Place de la Nation à Paris, sensé représenté le garçon lors de sa mort, _donc, de sa dernière entrevue avec le Prince_ chemise déboutonnée, pantalon ouvert à la ceinture et sexe en érection que des milliers de mains viennent, aujourd'hui encore, caresser, masser, afin de capter l'énergie sexuel de ce jeune Priape.

L'histoire ne nous dit pas si il était vraiment venu cherché réparation et ce qu'il s'est passé, pour qu'il soit ainsi débraillé, mais il est certain que cette déculotté met le Prince lui-même, et ce pour l'éternité, en "fâcheuse posture," faisant de l'homme qu'il a assassiné celui dont on veut toucher l'accoutrement bien suspect lorsque l'on vient chercher réparation pour l'honneur d'un autre. Si comme le disait Georges Brassens "même mort il bandait encore" il n'est pas anti-bonapartiste de penser que ce n'est pas la main dans son plastron que ce Napoléon devait avoir ce jour-là mais bien ailleurs. Gare au gorille ? Nous n'en sommes pas vraiment éloigné. Le bronze fit scandale mais la réputation de ses formes de garçons dépassèrent vite en réputation le souvenir même des moments de gloire du jeune homme. La patine persiste à ne laisser aucun doute sur l'actualité du nombre de visiteurs qui se presse "pour la forme et pour le geste" bien sûr. Rappelons que nous nous situons dans un cimetière, c'est-à-dire dans un sanctuaire, rassemblant toutes les confessions sur quelque chose d'aussi universelle que la peine. L'esprit cabotin du peuple ne cesse de surprendre et on ne peut demander aux jeunes générations d'être aussi empruntée vis-à-vis de la mort alors que son approche à radicalement changé. Comment ne pas susciter l'envie de toucher ce qu'Aimé Jules Dalou cru bon de souligner avec assez d'insistance pour que cela provoque le sandale dans une population considérant comme déplacée toute trace de virilité dans un endroit qui en est tant dénué ? Précisément parce qu'il n'en est pas dénué et que le pouvoir d'attraction érotico-sexuelle de la mort montre les prédispositions contestataires de la jeunesse qui trouve dans la mort un écho à ses angoisses et un moyen de prendre le large mental sur ses aînés.
La mort a, de tout temps, était l'exutoires de toutes les pulsions de l'homme et prend aussi dans la sexualité des aspects transgressifs sanctionnés par les moeurs admis.
Ce sexe volontairement massé ramène incontestablement à l'Eros et à la dimension votive du mouvement, il s'agit de caresser ce que d'autres chargent de pouvoirs surnaturels.
Nous sommes là devant une forme érotisée mais parfaitement passive de l'instrumentalisation de la mort, alors que dans l'histoire des dévotions le fétichisme a pu atteindre des sommets. La passion pour les reliquaires, la nature même des ex voto gallo-romain représentant sexes turgescent et seins lourds de lait dans lesquels l'église a mis bon ordre, ou les processions de tels saints ou saintes dans des pays particulièrement croyants se nourrit d'une sensualité issue du corps et la plus part du temps d'un corps défunt.
On nous oppose souvent la roideur du christianisme mais le dire ne conjure pas le voir, c'est être extraordinairement peu observateur que de ne pas remarquer la somptueuse permanence de la beauté des corps et les cimetières en regorgent.
Les Pietàs, le lavage des pieds des disciples par Jésus, chemin de Croix, le Christ crucifié, les écoulements de sang, la position de la tête, du buste, la robe sans couture, les genoux joints, des pieds rassemblés sous le clou scélérat, la mise au tombeau, co-existent avec une permanence de la chair que l'on ne peut distinguer de la sexualité qui prend tant de place dans les vie des hommes qui les représentent. Tout dans l'histoire de l'église n'est que visuels pour faire comprendre au peuple in-instruit les nécessités de la règle mais selon des schémas qui reprennent les fondamentaux sexuels à tel point que le toucher, expression de la dévotion entre constamment en contact avec l'iconographie religieuse. Embrasser, caresser, masser, pieds, mains, gravures, tapisseries, sculptures confortent la foi tout en déstabilisant le corps contraint aux retenues sociales les plus perverses.
Ainsi, combien de commandes vaticanes ou d'églises de village, destinées à la représentation des corps religieux auxquels ont est sensé s'identifier, furent rejetées, détruites, dissimulées, remplacées ou sujettes à controverse ? Ce penchant pour la chair que systématiquement couleurs et lignes viennent raviver alors qu'elles devaient prévenir des dangers du pêché persiste.
Le sexe est dans la mort et la mort est dans le sexe comme nous le savons aujourd'hui avec la SIDA et comme on le savait de tout temps avec les risques mortels que représentaient les maladies vénériennes. Vénérienne, Veneris qui nous vient de Vénus, déesse de l'Amour de la mythologie romaine, l'amour représenté encore une fois par le corps des femmes qui dans la chrétienté ne jouirent pas de la même réputation. On connaît le pouvoir de persuasion d'Eve et celui de la terrifiante Lilith, succube séducteur qui lui précéda.
Portant la perversion est bien avant tout sollicitée par les hommes grands pourvoyeurs de sexe et de prostitution. Dans ce massage de la queue Yvan Salmon, personnage du XIXème, il y a un remix continuellement mis à jour du film "Le retour de Martin Guerre" avec Gérard Depardieu et Bernard-Pierre Donnadieu.Nous avons là deux lits, un celui de l'amour ou plutôt du sexe en roue libre à plusieurs, Depardieu et Bernard-Pierre Donnadieu, nus, juste séparés par Nathalie Baye qui les masse et les masturbe, un sexe dans chaque mains. Le deuxième lit est celui de la mort dans lequel un gisant matérialise le dormeur; mais un dormeur que l'on a voulu clairement dépenaillé et remis dans sa génitalité de jeune homme. On ne fait pas un bronze au XIXème siècle, comme un croquis au fusain et un gisant, commande pour un caveau destiné au Père-Lachaise pour un mort qui fit grand émoi _100 000 personnes à son enterrement_ comme une création solitaire qui n'engage que l'artiste. Le message politique, l'irrévérence ne peut être distinguée de la dimension sexuelle originelle. La seule différence sur cet arrêt sur image est autant dans le nombre de bénéficiaires de ce massage que dans celui des masseurs et masseuses occasionnelles, à porter leurs mains là où naturellement nous portons tous nos yeux et participer aux "travaux d'hercule" qui semblaient ne pas déplaire à Nathalie Baye.
Pourquoi ainsi serait-il plus morale de faire bien plus crûment au cinéma ce qui serait inconvenant de pratiquer subrepticement dans un cimetière ? Le respect des sépultures ne peut justifier à lui seul qu'on érige des barrières contre ces irrévérences qui contiennent toujours leur part de pudeur mais aussi de peur face à la mort et ne préjuge en rien de l'esprit de ceux qui s'y adonnent, tout au plus un goût certain pour la remise en causes des valeurs bourgeoises.
Le massage pénien est autant un massage du mort qu'un massage de la mort, à la fois comme une défiance momentanée vis-à-vis de cette opposition que constitue la vie que comme une intention sexuelle de soumission face au pouvoir dominant de la mort elle-même. Elle est celle qui nous allonge dans la passivité éternel de l'inanimé, celle qui nous possède mais aussi celle qui s'érige en monument dans les lieux qui l'accueille, en orbituaire familial ou même de la cité toute entière. La charge phallique des cimetières n'est, dans le cas présent, que surexposée par les gibbosités d'un bronze. Donner à un mort ou à sa représentation une dimension sexuelle est conforme à l'esprit d'opposition que contient la vie. L'érection pour exister, pour se reproduire ou l'érection architecturale comme manifestation de la virilité de la mort répond en echo à nos fantasmes les plus profonds. Masser un sexe pour le faire bander et satisfaire à ses désires de vie est la même chose que de masser un sexe de gisant pour tenter de prendre à la mort elle-même son potentiel d'orgasme. La petite-mort qui est une perte momentanée de ses forces vitales par l'orgasme amenant jusqu'à l'oubli de soi, devient ici une mort-petite, c'est-à-dire la prise en compte de la forme d'un sexe marqué comme sexe mais qui n'en est qu'une représentation figée dans le métal. C'est prendre conscience de la différence de nature qu'il y a entre le giron intime d'un gisant et le giron d'un vivant. Coït, masturbation, placent nos attribues face à l'accomplissement d'une finalité qui contient la déchéance de l'énergie qu'on y a mis. Dans la logique de cet aboutissement de vie vers l'épuisement qui est une réduction de la mort il est naturel que l'inverse fonctionne par les représentations dont on la dote. Dans les pouvoirs illimités de la mort qui sont d'autant plus infinis que notre imagination n'a d'égale que sa permanence, à l'instar des formes artistiques qu'ont pu prendre les aspects morbides, on donne à la mort une image anthropologique qui se dote alors de tous les codes humains. Succubes ou Inccubes sont des démons mâles ou femelles, qui pour exister, se doivent d'abuser les vivants dans leur sommeil qui est une autre forme de mort, une frontière permettant cette rencontre des deux mondes. La lubricité de la mort n'est plus à prouvée puisqu'elle est l'inverse de la bienséance. Du côté des vivant, toucher au sexe d'un gisant c'est toucher à l'interdit, c'est accéder au sexe même de la mort selon un mode nécessaire à notre existence. Ce que ces jeunes gens flattent dans la mort génitalisée de Yvan Salmon, c'est la permanence érectile, lorsque celle-ci est matérialisée, qu'ils sollicitent comme le désire de prolonger leur vie qu'ils savent momentanée avec toute la perception de la menace dont chaque tombe est un huissier.
Samedi 12 juillet 2008
14:19 Publié dans Massage & Violence, Massage et sexualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Roland de Roncevau fut-il massé ?
Étrange épopée que cette chanson de geste dont on ne connaît pas l'origine mais qui fut écrite entre 1025 et 1050, pour chanter un fait remontant à un 15 août 778. Alors pourquoi une mise en gloire aussi tardive, nous ne le saurons peu-être jamais, par contre le texte lui contient entres autres informations, comment l'Empereur, sous-entendez Carles li reis nostre emperere magne « Le roi Charles, notre grand empereur » demande à ce que soit gardé les corps de Roland, son neveu, d'Olivier, fidèle compagnon de Roland et celui de Turpin, probablement Tilpin, archevêquede Reims qui aurait perdu sa charge sur intervention de Charles Martel. D'ailleurs, pour la petite anecdote, notre religieux, fort énervé, aurait rejoint Charlemagne armé d'une épée devenue célèbre, nommée : Almace et en effet, elle massa nombre de Sarrasins. Bon, alors cela constitue, je vous le concède, une prise de distance quelque peu hasardeuse avec le texte mais reste assez conforme à l'objet de notre sujet, à savoir, le massage dans la mort. On fait ce que l'on peu !
Néanmoins, le sujet n'est pas là, mais davantage dans l'extrait de la Chanson de Roland, dit manuscrit d'Oxford de 1090 (il en existe neuf de part e monde) sur laquelle se portera toute notre attention :
| L'empereur fait garder le corps de Roland |
|
« Ci falt la geste que Turoldus declinet ».
Frotter trois Barons de piment et de vin... Doit-on y voir la simple tentative procédurale, systématique et froide de conservation des corps ? Peut-on l'isoler de toute attention spécifique qui constitue une des dominantes du massage ? Et, osons le gros mot, est-ce que frotter trois Barons, peut, avec quelques précautions d'usage, être considéré comme un massage ?
Répondons à la première question. Ce traitement est-il celui que l'on réserve à toutes personnes décédées de haut rang ? L'europe n'a jamais développer un grand attrait à la conservation des corps dans leur ensemble et se fait, cela constitue un des rares exemple de tentative de conservation partielle du corps. Les plus connus sont ceux de Robert d'Arbrissel, prêtre breton, enterré à Fontevreault en 1117, dont le coeur fut donné aux religieuses d'Orsan, ou celui du laïc Henri 1er, Roi d'Angleterre et Duc de Normandie. Le penchant était plus à la conservation d'ossements ou d'objets du défunt qui étaient enchâssés dans des coffres ou des urnes parfois spectaculaires.
Le systématisme quasi administrative pour une telle opération aurait pu enlever un peu d'intérêt à notre sujet ce qui n'est pas le cas.
Deuxième questions, peut-on isoler cette pratique de toute attention spécifique ? Nous y répondons indirectement plus haut, s'il ne s'agit pas d'une action octroyée à tout haut dignitaire, ce qui aurait quand même constitué une attention particulière non plus à trois hommes mais à une catégorie, on peut en déduire que ce traitement fut assez rare pour être mention dans une chanson de Geste. Ceci est d'ailleurs confirmé par les historiens avec pour preuve les procédés pour le moins frustes de ce qui reste quand même un début d'embaumement au regard des efforts considérables déployés dans d'autres pays.
La troisième question est : est-ce que frotter de piment et de vin, trois Barons peut se voir attribuer le qualificatif de massage ? Ce qui caractérise un massage est toucher autrui de façon élaborée à des fins détente ou de soins qui peut être facilité par un fluidifiant de nature à faciliter le geste ou pénétrer les pores de la peau.
Dans le texte il est dit que les corps étaient gardés sur demande de l'Empereur lui-même, et donc d'une première attention bien signalée aux vues du lien de parenté qu'ils entretenaient. L'attention est donc là clairement établie. Leur coeur fut retiré et leur corps de Barons défunts, frotté de piment et de vin, mais est-ce suffisant pour considérer qu'il y a eu massage et est-ce que le verbe frotter peut être assimilé à masser ? Le verbe masser dans le sens de massage n'existe pas à cette époque. On parle alors de friction, fricamentum en latin mais la racine est la même, frotter ou frictionner sont équivalent et constitue encore aujourd'hui une des façons d'intervenir sur les tissus en massage.
L'Egypte ne semble pas avoir les mêmes réticences a employer le massage jusque dans les mêmes circonstances, celles de la mort, en lui faisant rejoindre ses techniques d'embaumement. Après avoir été déshydraté de ses liquides organiques, le corps du Pharaon est ré-hydraté avec des huiles parfumées par le biais du massage.
A la même époque, c'est-à-dire au XIème siècle, Avicenne publie son Canon medicinae dans lequel il parle non seulement de massage mais l'illustre de gravures. L'Egypte est en Afrique de l'Est, Avicenne est Perse tandis qu'en Europe et particulièrement en France, les traces du massage sont d'une extrême rareté et à chercher essentiellement autour de la sphère privée des bains et de la toilette.
La chanson de Geste de Roland de Roncevau est une manifestation éclatante de massage, certes, morbide, mais de massage quand même. Le fait d'être vivant, comme nous le voyons sur ce site du CFDRM dédié à la mort, n'est pas la condition sine qua non pour qu'il soit caractérisé. Nous avons là, sur un manuscrit historique l'illustration d'un massage pratiqué sur Roland de Roncevau, son compagnon Olivier et sur Turpin/Tilpin, archevêquede Reims avec pour agent intermédiaire du piment et du vin marquant l'affection et la considération que Charlemagne portait à ces hommes.
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Vincent Humbert : le massage qui accompagne
Hervé Messager fut le kinésithérapeute de Vincent Humbert, c'est lui qui l'a accompagnée durant toute la période d'invalidité de ce jeune pompier victime d'un accident de la route. Nous ne nous étendrons pas sur la pertinence de sa demande d'euthanasie, sur le degré exacte de son impotence. Si nous vous proposons cette vidéo ce n'est pas pour semer le doute sur l'opportunité ou non de pénaliser un act puni par la loi mais pour aborder imparfaitement bien sur la thématique qui nous occupe. Masser, dans le but de maintenir le corps dans ses connections avec le monde, que cela prennent une dimension thérapeutique par la kinésithérapie ou d'accompagnement vers la mort, le toucher, toujours reste le dernier ancrage mutuel de l'ordre de la chaîne. Toucher c'est tenir, c'est retenir l'autre dans ses préoccupations de l'instant. Ce que je tiens, ce que je touche c'est une parti de toi, une part de moi qui s'attache à dire l'importance que j'octrois à cette rencontre de nous. Le souvenir est une pensée, une projection, le toucher une flagrance, la réitération de l'existence de l'autre et du sens que nous lui avons donné. Quoi que l'on puisse dire de cette affaire, des raisons religieuses qui auraient poussé ce kinésithérapeute à revenir sur ce fait acquis de la douleur réparé par la non application de la loi en terme d'euthanasie, nous sommes là confronté là à la perception de la mort par un professionnel du touché. Son témoignage est plus que celui d'un thérapeute, il est celui d'un touchant, d'un "masseur de ces mains". Ce que ses mains ont pris de lui ont gardé en elle cette souffrance discrète qui chemine dans son propos. Décès justifié ou non, c'est mon mal être de toucheur qui me fait dire cela et ce que je dis de ce malaise ne peut être réduit à l'importance d'une cause plus impérieuse encore rendue intouchable par la mort de son sujet. Mourir n'est ni pire, ni plus inféodant que souffrir.
Plutôt que l'exécrable vocable d'affaire, j'opterai pour celui de Peine, et donc pas plus la Peine Vincent Humbert n'appartient à sa seule famille, soit-elle évidemment plus éprouvée que tout autre, qu'elle saurait échapper désormais à l'histoire du massage. Ce conflit de masseur avec lui-même, soit-il thérapeute ou chrétien, se pose sous l'angle nouveau des thérapeutes, que nous sommes tous lorsque la souffrance d'autrui nous amène à TOUCHER.
L'art du massage, aussi dénué de toute intention de soin y revient bien nécessairement d'elle-même de part le fait que la seule excellence de son geste, l'application que l'on met à le suivre jusqu'à son extrémité anatomique en fait déjà un soins à part entière. C'est cela que Durville appelait le magnétisme, la volonté de soigner, si elle ne suffit pas toujours à soigner, guérit parfois de bien d'autres maux. Le magnétisme n'est pas le sujet de ce papier et l'on sait que les exigences de ce praticien assidu exigent le libre exercice de la médecine n'est plus un discourt tenable aujourd'hui même si les adeptes du magnétisme sont encore nombreux et que la science gagnerait à être moins hautaine quelle ne l'est.
La mort s'accompagne, la mort fut toujours dans les environs immédiat du devoir d'être là, avec lui ou elle, dans ses derniers instant, tenir une main, caresser de ses doigts. En même temps que l'esprit s'en va, le massage vient comme un support à quelque chose de trop douloureux pour le vivre seul. Garder en mémoire, comme un fossile témoin, le poids de la mains qu'on a tenu. La main en mémoire de forme d'une autre main, disparue celle-là mais encore enfermé dans la souvenance de l'avoir tenu. Lorsque l'absence sanctionne le regret de ne pas avoir été là, c'est bien la recherche de ces bribes de toucher dispersées dans les souvenirs que l'on conserve de l'autre qu'on tente de reconstituer celui ou celle qu'à nouveau on aimerait serrer dans nos bras. Recomposer un corps par petites touches de doigts, de frôlements, d'embrassades vous le restitue assez parfaitement et si vous y ajoutez l'image à résonance de souvenir alors ce corps se reforme aussi justement qu'un marbre grec ou aussi douloureusement qu'un corps de Pompéï.
L'Ordre des kinésithérapeutes à raison lorsqu'il dit que masser n'est pas anodin mais il a tors lorsqu'il prétend conserver dans la loi se que le corps renferme depuis bien longtemps, avant même que tout hommes y prétendent, le tactile. Masser pour communiquer avec autrui ne saurait être puni comme un crime, surtout quand c'est le crime que l'on puni lorsque au lieu d'interrompre la vie on tente de la poursuivre jusqu'au bout de nos doigts. Crime de massage, cela ne saurait rester longtemps le cas mais cela l'aura été en France jusqu'à la peine Humbert, exercice illégal de la médecine. Justifié ou non le mal n'est pas dans ce que l'on fait mais dans ce que l'on s'est interdit de faire, c'est là que se loge le remords. Quand est-ce que la France invitera tous les masseurs et masseuses qui le désires, à masser dans les unité de fin de vie, dans les hôpitaux psychiatriques, les prisons plutôt que de se draper dans ses convictions hautaines de détenteurs de la science qui n'en est déjà plus une à vouloir à ce point isoler l'hommes des touchés qui le raccroche ?
Les masseurs et masseuse du monde entier de part leur attachement au toucher, de par la proximité qu'ils et elles ont tissé(e)s avec le vivant en font des appreneurs de vie et des thérapeutes à part entière mais cela n'enlève rien à ceux qui ont fait de la thérapie leur façon de se rapprocher du corps. Même si la kinésitherapie à constitué un savoir elle ne peut s'exercer tout à fait à poursuivre les approches parfois plus anciennes qu'elle. Ce n'est certes pas l'ancienneté qui fait la valeur d'une technique mais l'empirisme n'est jamais dénué de tous résultats, et c'est aussi celui des rebouteux, c'est aussi celui de la méthode de Ling, elle-même empruntée aux connaissances vénérables du Cong fou, que Gorgii put théoriser en 1848 la kinésithérapie. Mais s'il est avéré que l'on peut soigner par le toucher il est aussi que l'on peu désapprendre à vouloir le garder à soit seul.
On à là l'affaire d'un kinésithérapeute et donc d'un masseur confronté à la mort.
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Massage de la mort
Nous savons qu'autour de la mort s'est joué des phénomènes aussi variés qu'il y a de traumatismes autour de cette stupeur qui saisie celui qui sait la chose possible mais ne s'y prépare jamais vraiment. Néanmoins, si l'on ne s'y prépare pas, force est de constater que l'on prépare celle des autres. Le gisant fut l'objet de toutes les attentions, il fut peint, sculpté, photographié, toiletté, parfumé, paré de bijoux et parfois même enterré avec tous son mobilier, voir, avec ces animaux domestiques, quand ce n'était pas avec les épouses et esclaves exécutés pour l'occasion. De nombreux cas nous instruisent d'actes de violences sur des dépouilles mortelles, décapitation, rapports sexuels, d'homophagie, de lien directe avec l'au-delà, enterré, déterré, fêté comme le pratique encore aujourd'hui, de très nombreuses familles de Madagascar, en exhumant toute la lignée défunte pour se passer de mains en mains des linceuls chargés d'ossements, à l'occasion de la fête des mort.
Nous pensons bien sûr à l'oeuvre de sauvages, de gens sans culture, à des obscurantistes, des satanistes mais est-on si loin que cela de nos sociétés policées ? Des momies furent broyées en europe pour répondre aux nécessités de la posologie de telle ou telle préparation que nous livrent d'anciens antidotaires. Des crânes furent scalpés, érigés sur des piques ou à l'entrée de tentes de guerriers mais combien de tableaux, de sculptures nous montrent, qui un sage, qui un régnant, la main posée sur un crâne symbole de sagesse, de pouvoir. La main nonchalante, au sommet ce qui fut la tête, le siège des pensées d'un autre dont les doigts parcourt le galbe anatomique dont la forme sphérique sied au confort de la main humaine. L'os défunt caressé par la pulpe des doigts d'un vivant même si à son tour, le personne ainsi représentée est devenue, un inanimé. Nous avons là un massage va s'en dire mais un massage que personne ne dit, que personne ne montre et surtout, massage au sujet duquel personne n'écrit. Pourtant tout jeux de doigts volontaires ayant pour but d'exercer la tactilité de ceux-ci et le plaisir de sentir l'objet est massage. Comment peut-il s'extraire de la symbolique de cette scène ? On y voit du pouvoir, de la domination, de la science, des pactes improbables avec quelques forces souterraines, de la vengeance, de l'amour mais rarement la symbolique du toucher, le contenu des échanges qui passent par le tactile n'apparaît pas. Le seul fait de montrer sa dominance à l'oeil suffirait à satisfaire au message ? Nous voyons bien que non, les mains, les doigts réclament continuellement l'abolition des distances utiles à la vue, si magique, pour répondre à l'insatiable myopie tégumentaire et qui expose au combien davantage le corps par le toucher.
Regardez ce qu'il vous arrivera si vous vous opposez à mon hégémonie ; regardez l'immensité de ma culture moi qui domine la mort par mes actes de sachant. Un crâne vide et mort n'est jamais qu'un crâne qui fut mais jamais sans avoir laissé derrière lui toute la substance de ses connaissances par le partage, par le dialogue et c'est cela que j'ai sous les doigts, l'héritage des siècles passés. La sensation de cet ossement est la permanence de la vie. Je perçois le vide sidéral de ces orbites aussi parce que je le touche. Le mort n'est jamais mort si le touché n'est pas permis. C'est toucher qui permet de faire le deuil, voir reste une mise en distance. Ce que je voit n'est jamais que la ratification par l'oeil de ce que j'ai appris par l'esprit. Voir un mort au cinéma, dans un livre ou peint sur un tableau ne fait guère de différence avec la vision aussi réelle soit-elle de la mort. C'est l'ancrage par le toucher qui confronte au réel, c'est par la main qui se heurte au corps du défunt que la perception devient totale.
Mais avant que ce crâne n'arrive sous ces doigts de dominant il fallu bien procéder au parcours inverse passant par un retour au tombeau, par l'exhumation, l'extirpation du cercueil, du linceul, par le renoncement de la mort elle-même à ses acquits afin de retrouver l'être vivant et pensant qui lui ré-appartiendra n'en doutons pas. Le trépassé qui s'éveille, l'agonisant qui se rétablit, le vieillard qui se redresse, le bel âge, le jeune adulte, l'adolescent, l'enfant, le bébé, le fétus, la pénétration d'une vulve de femme par un sexe masculin dont le procédés nous semblent là davantage relever de la vie que de la mort. Comment en effet considérer qu'un rapport sexuel pratiqué dans l'amour et le consentement puisse être vecteur de mort et surtout quel lient ce tout entretient-il avec le massage dans sa version morbide ? La sexualité est massage, la masturbation, les mouvements du coït, le baiser que la langue vient chercher dans une bouche où tout rappel la douceur, l'intelligence, peut être qualifiée de massage mais ce n'est pas sans sous-tendre tout un mécanisme qui souvent nous échappe, de soumission, d'anéantissement, de recherche de la petite mort, de la dissolution dans le corps de l'autre, dans l'absorption de sa sueur, de sa quintessence comme de ses miasmes, c'est mourir, encore une fois avec pour linceul le lit d'un autre. Un autre qui, dès sa reprise d'esprit, constitue déjà un ré-éloignement, un échec de fusion, une dispute, un divorce et cet autre reprend son potentiel de dangerosité et de perversions.
Le massage est une forme de communication et il n'est pas de communication unilatéralement bonne sans charge conflictuelle et sans permanence de la mort.
Le fétus se développe, grandi avec pour seul intention sa pérennisation. Il sait, la vie sait que rester quelque part c'est mourir. Il faut bouger mais pas de mouvements sans une perception minimum de son environnement, sans ce laisser masser par le bercement intra-utérin, il faut sortir et l'osmose initiale ne joue que pour le remplacement de la mère. C'est rester là où il est nécessaire qu'on reste pour que s'accomplisse les processus de construction mais c'est aussi sortir dès que cela est possible.
L'eau du ventre maternelle, les mains de ses parents au travers des tissus qui passent leurs chaleur et leur profond amour à l'enfant est un massage mais c'est aussi une ombre, celles de mains prégnantes qui ne peuvent encore vous saisir mains planent tout autour de vous. Le massage devient dans le cas présent une menace, une crainte. Si masser c'est toucher, lIVG, l'aspiration foetale, la fausse-couche, les accidents, sont une façon d'atteindre l'être en formation par le biais d'un massage final en négatif. Le passage par le col, respirer, entendre, voir, être manipuler contre sa volonté sans être en mesure de faire cesser toute cette violence dans les manipulations, le risque de malformation, de chute, d'abandon, de ventre loué pour une autre est un maelström insoupçonné de brutalité infernale que les massages futurs tenteront de rejouer comme j'aurais souhaité me livrer. Je me laisse glisser dans mon massage comme j'aurais aimé glisser, de moi-même, hors de ma matrice et retrouver l'état de relaxation que je viens chercher par la manipulation d'un autre, praticien aussi, mais praticien(ne) à l'écoute de ce corps.
La mort est présente chez la parturiente comme dans le "plateau technique" qui vous reçoit, prêt à toute éventualité, celui de l'incident, de l'accident, de l'irrémédiable, du lange qui se referme aussi brutalement qu'il s'était ouvert. Des couloirs, de l'éloignement et un autre utérus, de métal celui-ci qui se referme dans le froid sans que personne ne sache qu'ici c'est jouer un massage. Tragique et d'autant plus tragique que ni cette mère de métal, ni le personnel soignant n'est en mesure de comprendre que de leur quotidien est sorti les prémisses de l'oubli. Mais l'enfant qui réussit, qui s'accroche autant qu'on le retient à un sien nourricier, aux mains d'un père, à des baisers de toute part gère tant bien que mal un flot de massages, que sa condition passive rend vulnérable. L'odeur matricielle, la chaleur de la peau, ce faux ventre mal ficelé que recompose pour l'occasion linges et bras n'est-ce pas ce que l'on retrouve dans l'amour physique ou l'abandon au massage ? Un grain de peau, une odeurs acre suée d'un corps, un bras autour du cou ou de la taille dont le plaisir rappel ce même geste mais qui lui tout entier vous contenez. Fermer les yeux facilite cette recomposition, cette remémoration confuse qui inquiète presque autant qu'elle rassure. C'est le rejeux de quelque chose de lointain mais c'est la conscience que ce bras n'est pas le bon et que toujours ce danger diffus qui nous dit que c'est finit mais que ça peut se retrouver, l'espace d'une séance. Retrouver une somme, une totalité qui pourtant vous menace parce que dans l'autre germe le conflit sans que je puisse biologiquement m'en passer. Se reproduire passe par l'autre, se re-produire, refaire ce qui à pu me paraître un court instant, parfait. L'enfance qui découvre par le tactile l'extraordinaire violence de ce qui l'entoure. Tous ce qu'il voit, touche, sent, comprend le masse, le fait devenir animal-homme pour le nourrir de ce qu'il sait ne jamais pouvoir garder. La permanence de la mort, la permanence de la croissance qui éloigne chaque jour un peu plus de ce rêve initial qu'on ne perçoit déjà plus. Naître de-nouveau, autrement en avortant l'état idéal auquel on aspire. C'est vomir un inconnu, de mon ventre sort un anti-enfant, une bouillie née de moi et de la chimification de mon estomac. C'est par la bouche que passe la possibilité de comprendre son monde c'est par cet orifice que vient mon échec. Je ne peux me reproduire moi-même, c'est l'autre, c'est par celui que je ne connais pas que je doit tenter une réitération pour être l'un d'un couple. La puberté est un maelström, encore un, avec toute sorte de régurgitations corporelles qui me fait passer du statut de autre à celui de autre-prédateur. La caresse, la découverte de mon corps, de ses odeurs et de ses guerres ouvertes. Un corps qui change c'est une multitude de micro-massage, de micro-message, c'est un autre être qui se dessine, malgré moi mais avec moi pour matière. Toucher l'autre plutôt que de simuler sa différence. Il est étonnant qu'il faille un act sexuel pour qu'il soit identifié comme sexuel. L'immensité de l'éventail corporel ne mérite de sexualité que ce qui ne souffre aucune possibilité d'erreur. Comment dans ce cas là peut-on envisager de comprendre le massage dont les tonalité sont encore mille fois plus fines ? Voir un massage dans la mort. Voir une mort dans le massage alors qu'on ne l'a traite dans l'amour que par la légèreté d'une expression à la fois triviale inquiète. C'est là, dans ce malaise de mort tout comme dans son adjectif qualificatif, petite par lequel on tente de dédramatiser ce qui est déjà un sacré carnage corporel. Le massage est lui aussi une petite mort avec tout le potentiel nuisible que peut contenir la mort sur-vécu c'est-à-dire ressenti du début jusqu'à la fin, même inconsciemment mais dans un état de vie permettant de la sur-vivre. Ni la magie du massage, ni celle de l'orgasme ne sont en mesures de d'exorciser les peurs de la vie mais juste, un bref instant tenter de rejoindre l'ultime sensation de ne faire qu'un tout en sachant au plus profond de soit que faire qu'un avec un tiers entend la disparition d'un des deux et donc, la mort. Je ressens par le massage les mêmes émotions que celles que je rencontre dans la sexualité. Mes poils se dressent et la sueur qui suit ce chemin que leur indique mon corps sont autant de millier d'éjaculations, de régurgitations qui abandonnent toute énergie. Elles sont autant petits massages qui s'assèchent sur un corps huileux ou salé mais immobile et repu de quelque chose qui fut trop subreptice pour pouvoir être compris dans son entièreté. Ce n'est qu'à force d'abandon, de chute, de petits décès joliment orchestrés ou tragiquement subits que s'opère une compréhension au prix de la vieillesse.
Cet homme,cette femme, dans la force de l'âge glisse à force d'expérience vers l'usure de soi. C'est dans ces moments de lucidités que l'esprit est le plus brillant et c'est là qu'on s'évertue à nier les effets du mûrissement en ne regardant jamais que nos chairs victime de l'horreur de ce que l'on voulait tant fuir. La mort passe dans vos cheveux pour les blanchir comme blanchira ce crâne sous les doigts impatient d'un savant réfléchissant à ce à quoi on réfléchit tous, comment échapper à tout cela ? Le massage passe dans vos cheveux par les doigts de votre masseur ou de votre masseuse qui doit percevoir assez de cette tragi-comédie pour laisser passer quelques réponses, plus ou moins malgré lui.
C'est la mère-mort, celle vers laquelle on va et ré-entre celle de l'angoisse où l'amour devient de l'oubli.
Le Golem des juifs, cet art qui consiste à faire de ses main une réplique de l'être qu'on a aimé n'est-il pas déjà un massage.
Il y a toujours une propension à opposer les productions de l'esprit des productions de la main tentant à considérer que les savoirs seraient à l'origine de tout et donc des création manuelles ou, comme on le disait à d'autres époques, des arts libéraux. Ce n'est pas physiologiquement faux d'ailleurs si l'on considère que les mains ne contiennent en effet pas de membres vitaux et que leur section n'avorte pas la vie de façon aussi définitive que l'ablation du crâne. La main est un noble exécutant
Ainsi donc serait-il étrange que jamais la douleur ne se soit exorcisée en tentant par le massage de ternir l'autre, de le toucher comme on touche un vivant.
Etre en mains parmi les hommes. Le massage en chirurgie.
Si pour synonyme au mot massage on prend celui de caresse alors on voit la récurrence du massage dans notre société. Reste à prouver que la caresse constitue vraiment un massage mais il serait étrange de considérer qu'une main en négatif dans une enceinte préhistorique serait le début de l'écriture par l'utilisation de signes compris par d'autres et dénier au massage des ancêtres formant un proto-massage communicationnel. Si le massage est communication, si le jeux des échanges le positionne comme une écriture dédiée au corps, alors ce même massage signe sa présence dans toutes les strates de l'histoire depuis les origines et ce d'autant plus qu'il est lié à la primitivité du toucher, c'est-à-dire aux formes les plus répandues de contact dans le règne animal.
Texte produit par le CFDRM libre de droits non commerciaux à l'exception des extraits prononcés, visant à enrichir ces travaux.
Nous vous invitons à nous communiquer toute donnée d'archive susceptible d'enrichir ce fond. contact.cfdrm@yahoo.fr Jeudi 10 juillet 2008 Jeudi 10 juillet 2008
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mardi, 17 juin 2008
Pulsion de mort dans le massage
Nous nous sommes interrogés au CFDRM s'il fallait tomber dans l'évidence du noir pour cette page peu commune. La réponse nous fut proposée par l'histoire de la mort en occident et de sa symbolique, celle de l'oeil qui se clôt pour mourir ou pour se laisser masser, celle de l'esprit qui s'éteint ou entreprend le vide en soi l'instant d'une séance. Le noir était culturellement la couleur la plus chargée, la plus proche de la pénombre nécessaire à son accomplissement. Étrange entrée en matière aussi que ce texte d'ouverture qui s'interroge sur la pertinence d'une couleur, plutôt de d'aborder d'entrée le sujet _pourquoi le massage et la mort ?_ pourtant la couleur est messagère de bien plus de choses qu'une simple réaction rétinienne mais si il ne fallait en retenir que celle-ci, alors on peut dire que ce que oeil perçoit reste bien le privilège des vivants et de ces mises en lumières. Alors pourquoi l'étrange mésalliance, inhabituelle et méchante pour le moins surprenante, entre le massage et la mort ? Si le massage est si souvent mélanger à l'amour porteur de rouge et d'éros, le massage ne pouvait échapper à ce versant singulier dont les ombres tendent naturellement à nous dissimuler les premières manifestations de ce thanatos. Ce que Freud installa durablement dans la psychanalyse ne pouvait pas décemment ne jamais résonner dans les arcanes aussi forts complexes du massage. C'est à la mort de sa fille, Sophie, sa chère éblouissante Sophie en 1920 et trois ans plus tard de son petit fils, Hans, mais aussi celle de Karl Abraham, un de ses plus brillant disciples en 1925, qu'il élabora cette théorie de deux forces pulsionnelles de vie et de mort comme forces élémentaires constitutives de l'homme nécessaires à son équilibre mental, comme il le développera dans son livre, Au-delà du principe de plaisir. Les adeptes de cette école freudienne eurent du mal à intégrer cette dynamique alors que Freud apprenait la même année que la mort de Hans qu'il était atteint d'un cancer de la mâchoire. Le choc à lui seul ne pouvait-il pas suffire à expliquer ces relents de désarrois ? Pouvait-on penser un seul instant qu'à la seule peine un esprit si fin se laisserait prendre au point de confondre l'aveuglement de la douleur avec la perspicacité de sa pensée ? Le massage contient ces mêmes contraires et les pulsions l'animal de l'humain qui le pratique, le vit et le ressent.
Nous avons là de nombreux travaux à développer entre massage, psychanalyse et les liens qui s'entretiennent avec les pulsions de mort.
Nous verront que le massage contient sa part de violence comme une sorte de massage en négatif, d'anti-massage venant en négation du corps. Et puis, le CFDRM pouvait-il seulement ignorer un tel invité originel ? Non bien sûr. Il a sa place et pas la moindre si l'on veut bien prendre la peine de l'extraire de son étriquée définition biologique.
Lorsque l'on connaît le massage de relaxation qui se définit souvent comme un retour aux origines, on a du mal à imaginer, lorsqu'on y songe, qu'un retour si profond se fasse sans que jamais, nulle part, la présence de la mort ne soit présente. Le massage c'est la confiance, c'est l'abandon et l'abandon c'est confier à autrui sa sécurité... Je me laisse aller, "je m'en remets entre tes mains, je perds le contrôle" mais qu'est-ce donc que le contrôle si ce n'est la mise en sécurité de son corps par la veille de l'esprit ? Le bien-être est cette notion de laisser aller et si on le ressent avec tant d'intensité c'est précisément parce que l'homme primitif qui sommeil, replié en nous, n'a pas oublié les dangers de l'existence et ce qu'il en coûte des inattentions, lorsque l'on assiste impuissant aux conséquences des accidents de la vie sauvage. Si nous prenons un peu de recule et surtout le temps de réfléchir à ce que signifie par exemple l'expression, "dormir sur ses deux oreilles" on comprend bien qu'il ne s'agit pas de la même chose que de "ne dormir que d'un oeil". Le sommeil, selon les circonstances est certes, bénéfique, relaxant, mais il peut s'avérer mortel. Dormir, c'est bien là le danger. Dormir c'est se détendre et se détendre c'est déjà relâcher son attention. Ne dit-on pas d'un massage qu'il "permet de lâcher prise" ? Lâcher prise constitue les prémices d'une stratégie très ancienne ancrée chez les animaux de meute qui consiste à déléguer l'attention de chacun et donc de la sécurité du groupe à un seul, afin de se nourrir ou chasser convenablement, comme la partenaire enceinte délègue à son congénère le soin de la nourrir le temps de sa grossesse qui la rend inapte à le faire elle-même, le massé prépose ainsi son masseur à rester attentif pour lui tandis qu'il s'offre le rare plaisir de se laisser aller sans trop risques...
Pourtant, si l'abandon peut être source d'inquiétude, alors le toucher de l'autre, la proximité immédiate d'un tiers constitue un risque non négligeable. Dans un massage le danger est considérablement mesuré mais il persiste quoi qu'on fasse même si le premier échange contient, sans qu'on s'en rend compte, une kyrielles d'informations propices au terrain. L'agressivité nécessaire dans le conflit comme marqueur des potentialités des forces dont on dispose s'effacera en faveur de signaux d'invites. Les codes sociaux que nous libérons sont autant de mises en concordances de nos appartenances culturelles. Poignées de mains, civilités, sourires, prévenances seront autant de signaux de non agressivité et de soumission de nature à apaiser.
Renseignements pris, rassuré par l'environnement d'accueil, le massage peut commencer. Pourtant la parade mortelle n'a pour le coup pas cessée de s'étendre et se poursuit alors que tout semble pacifié. Seulement dans le couple recomposé pour les besoins d'un massage, persiste tout un ensemble de conditionnements qui rappellent notre place dans la société. La présence double de l'autre instruit de fait la dualité dans ce qui n'est pas moi et se révèle source de danger. Jamais deux ne seront identiques et cette présence des différences suffit à établir un rapport de force potentiellement létal à l'identité de l'autre. Celui qui domine est celui qui soumet et la soumission c'est admettre la toute puissance de l'autre sur mes acquits de vie avec la permanence du sujet de mort. Dans un massage, le passif n'est pas forcément celui qui se laisse masser mais peut concerner le masseur ou la masseuse selon la hiérarchie habituelle des sexes mais aussi des fragilités qui font que l'individu massant, donc pourtant dans la position de dominant, peut tout à fait se placer instinctivement par le massage en situation de négociation de statut. La létalité se situe dans ce processus d'effacement identitaire pour aboutir à une forme inconsciente de laisser-prise-de-pouvoir volontaire. Cette dominance passe par tout un complexe de signaux dont le corps est vecteur. Par le positionnement, la puissance du geste, sa spontanéité, son énergie, de l'information passera en permanence sans qu'une seule seconde soit neutre de toute charge communicationnelle. Le massage est féminin par sa bis-écoute, chacun entrant en communication avec un corps, celui du massé. Seulement le corps est lui masculin, intrusif et jamais tout a fait isolable du corps également masculin du masseur ou de la masseuse ce qui établit là l'opposition et donc l'amorce du conflit. La prostitution en est une forme mais elle n'est pas la seule. L'art du massage identifié dans un conflit du type prostitutif devient la victime de cet enjeux et se trouve en grande partie détruit dans ses principes comme dans son esprit. La scène devient alors la photographie d'une mise à mort qui ne sera pas sans blessés et pas non plus sans être pourvoyeur de conditionnements sociaux me confortant dans mes dispositions de prédateurs que nous avons tous.
En fait le massage idéal n'existe pas, il s'agirait de tenter d'atteindre une sorte d'équilibre inexistant et fantasmatique entre l'homme, sa nature, l'art qu'il conçoit par le massage et le ménagement des espaces nécessaires à deux protagonistes également éclairés de ces phénomènes inconscients. Autant dire un mythe.
Nous ici là matière à travailler sur les rapports qu'entretiennent massage et anthropologie qui ne peuvent se définir sans la thématique de la mort.
La position de mort est aussi présente dans les symétries corporels, dans la dualité des sens, dans le parcourt même que décrit la gestuelle du praticien ou de la praticienne. Nous avons là une sorte de Cène, prenant le corps pour table et les sens de chacun pour convives en rejouant à jamais ce dernier des repas finissant par la mort du maître. Masser c'est réunir pour à jamais trahir l'esprit d'un maître qu'on est venu chercher pour mieux le crucifier après, comme si les deux natures, humaine et divine, de l'un comme de l'autre, ne pouvaient tout à fait être conciliés mais recherchait à être Ré-concilié, c'est à dire, conciliées à nouveau, comme si la première fois ne pouvait être que celle de la rencontre en prévision d'une autre à venir, qui serait le mariage mais un mariage qui passerait par le meurtre. Prévision, et si le massage était une "pré-vision" de quelque chose d'inabouti en l'homme ? La nature christique de ce concept est nullement fortuite mais au contraire profondément sociologique et anthropologique, incapable de se détacher tout à fait de son fond archétypal. Échapper à la terreur de la mort est la poursuite de tout combat sachant que l'art du massage est art de guerre, enfermé momentanément dans une mandorle qui n'est qu'une projection de notre désir d'être rassuré. Et comme être seul n'est jamais la meilleure façon de sur-veiller l'inéluctable, la dualité est la façon la moins tragique de conserver l'autre comme témoin de ce danger et spectateur de notre mort, même si elle risque de venir par celui censé nous en prévenir. Mourir seul reste aussi inconcevable que de naître seul. Se faire masser c'est le Christ dans le sépulcre, finir son massage c'est la naissance, c'est rejouer la création, c'est renaître.
Le massage vu comme une pulsion de mort dégage toute une topologie, tout un cadastre qui le rend particulièrement insolite à étudié et il me semble que le laisser au seul confort des formalismes sociaux le dénature plus que d'admettre la part de non être qu'il contient. Le retour aux origines entend une deuxième naissance, un peu comme une image mythologique de retour à la fontaine de jouvence, celle de la renaissance, mais c'est oublier que cette renaissance passe par une sorte de mue, de mort pour de faux. Là nous sommes en plein alchimie mais toujours dans le giron proche de la mort. Lisons pour cela Jung, Psychologie et Alchimie, et nous verrons ce processus de la mort du roi dévoré pour mieux renaître. Pas aussi érudit que cette volumineuse sommes de savoirs anciens nous aurons tenter de vous démonter, à l'instar de ce disciple de Freud, que le massage trouve écho dans jusqu'au plus profond des cérébralités de l'anthropos. Si l'alchimie peut révéler par chacune de ces productions, son rapport étroit avec la psychologie humaine on voit bien qu'elle révèle tout autant, dans les corps des massés/masseur, des combats inconscients qui se jouent sous la surface calme d'une mer en proie à l'agitation du vivant et c'est ce mouvement de fond que décrit le geste. Ici nous retrouvons l'Abba et le Béra, rapport entre le modeleur et le modelé tel que nous le présente Marcel Jousse. Voilà la magie du massage, voila ce qui s'ordonne sous les mains d'un masseur ou d'une masseuse et c'est ici que l'on prend conscience que réduire le massage à des contingences de temps, l'enfermer dans une heure comme dépasser les frontières de la sexualité pour accomplir les basses oeuvres d'une sexualité, sans réel partage, est meurtre, pire encore, est assassinat. Et ne disons pas que les mains de celui ou de celle qui nous masse ne guide pas ce genre de pensée et que la prosaïcité de vos rapports n'ont d'équivalent que celle de son toucher, car toujours, culture est derrière, culture est partout. Ce n'est ni l'esprit, ni le savoir qui font la qualité du vivant mais sa nature intrinsèque.
Et voici posé le lien entre massage et alchimie, religion et croyances joint à leur terrain de prédilection, la mort.
Le fait d'aborder cet aspect du massage nous montre qu'il n'y a pas d'espace où l'homme puisse échapper à cette inquiétude sournoise. Oublier ou tenter d'oublier la mort c'est déjà mourir et ce de la façon la plus tragique et inversement proportionnelle à l'effort que l'on produit pour ne pas y penser. Car, si il y a quelque chose de pire encore que de mourir c'est bien l'effacement de la mémoire collective qui constitue l'irrémédiable anéantissement. Parler de la mort de quelqu'un le relie à une forme primitive de vie qui fut, et à l'influence qu'elle à eu sur ses contemporains et sur ceux qui en parlent. Exister de nouveau, l'espace d'une conversation, c'est le dernière moyen de vie qu'il puisse nous rester, tributaire que nous sommes des événements de ceux qui nous survivent. Peut-on d'ailleurs toujours se dire "tributaire que nous sommes des événements" alors que le verbe être n'est plus celui qui sied à notre statut de disparu ? En tout cas, c'est bien de ne plus parler d'un mort, comme si il n'avait jamais posé ses pieds sur terre, qui nous fait être si créatif.
Néanmoins, ce lien si secret qui se tisse entre le massage et la mort n'est pas toujours de mauvais augures. Le massage, isolé dans une scène de film d'horreur, peut se muer en un assassinat monté pour effrayer, pour confiner la raison dans les derniers retranchements de la folie, mais le massage, confronté à la mort, peu tout autant s'avérer un précieux allier et le massage dit cardiaque de nature à relancer la pompe nécessaire à notre circulation sanguine, a déjà extirpé de la mort des millions de personnes depuis qu'il fut découvert. Nous avons donc bien un aspect morbide que révoque la discipline prise dans son acception relaxante à une technique dont les résultats ne sont plus à démontrer.
Philosophie et même cinéma rejoignent le thème du massage que nous nous appliquerons à révéler dans sa forme noire.
Massage des morts au Mali ou au Niger, massage de mort par l'effacement d'une lettre létale au Golem dans la mystique juive, massage de la mort par les phénomènes de passage à trépas, massage de retour du monde des morts à Madagascar, massage cardiaque pour relancer la vie, les traces du massage corrélées à cette perte de substance vitale à toute vie sont nombreuses.
Ainsi, cet aller que nous vous proposons n'est pas toujours sans retour et brille des milles facettes d'un surprenant diamant, noir, va sans dire.
Mardi 17 juin 2008
Par Alain Cabello
18:53 Publié dans Massage & Violence | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, massage, inconscient
samedi, 08 mars 2008
Violence et massage
Travaux sur violence et massage
J'aime beaucoup ce parallèle entre le monde du silence présumé du massage et celui des fonds marins qui n'ont de silencieux que ce qu'ils inspirent aux hommes qui les regardent. Le massage et la mer sont deux immensités qui révèlent et contiennent tout à la fois, le conscient et l'inconscient, la peur de la mort, le désir de survivre, de nager et sûrement davantage de violence que nos désirs de paix nous poussent à l'imaginer. La sauvagerie des contacts, cette rencontre avec le thanatos, avec l'inconnu auquel nos doigts se confrontent, ne nous attire pas vers le corps de l'autre comme on se plaît à l'imaginer dans une sorte d'attirance romantique et spontanée mais au contraire le repousse avec violence et peur tétanique. Les mains sont les extrémités de l'homme et si ces extrémités ne comportent pas d'organes vitaux ce n'est pas par hasard, elles ne sont que des extensions préhensiles et tactiles qui nous donnent à percevoir par les terminaisons nerveuses de la peau ce que nous pourrions être en mesure de prendre et ensuite de porter à notre bouche. Ce sont ces extrémités qui par l'autotomie organisent la stratégie de fuite chez certains animaux avec lesquels nous partageons le règne et ce sont ces mêmes extrémités qui se sont organisées pour permettre l'amputation sans que le pronostic vital ne soit engagé. Le premier contact avec ce qui n'est pas moi, l'infime surface, le bout d'un doigt par exemple, me met en situation de perception de l'autre et constitue un complément d'information sur la nature de ce que je touche mais informe aussi tactilement celui que je touche avec le danger potentiel que représente sa réaction. Ainsi, cette mise en contact qui affine mon information, révèle aussi ma présence et c'est à cet instant que le rapport de force s'établit. Le massage est un apprivoisement qui s'organise autour de cette capacité à toucher naturellement l'autre, mais ce qui est naturel n'est pas forcément sans appréhension. Toute le monde n'est pas en mesure de toucher n'importe quel corps. Certains autistes par exemple ne supportent pas d'être "contacté(e)s", un mot, une mains sur l'épaule peut déclencher chez eux des crises violentes. Je pense que nous sommes corporellement des autistes désireux de solitude, de repos, de silence et parfois aussi en recherche d'issues tactiles. C'est ce que j'appelle l'apprivoisement.
Le contact défini ce qui est séparé.
J'aimerais faire ici une autre similitude avec ce que je viens de développer plus haut par cette surprenant violence du massage qui nous semble pourtant à mille lieux de son expression traditionnelle. Je me méfie toujours des images d'épinales, des stéréotypes qui nous livres toutes faites des idées sur lesquelles paraît en biais, "Fragile, ne pas repenser". Derrière ces océans de tranquillité produit par l'homme la douleur ne serait pas. Moi je pense que le massage est beau parce qu'il n'est justement pas aussi évident que cela et que c'est pace qu'il demande un effort, parce qu'il est une construction qu'il est source d'un réel intérêt.
En physique, la force gravitationnelle à laquelle n'échappe aucun corps dans l'univers se révèle pourtant des milliards de fois moins puissante que la force électromagnétique présente dans chaque atomes qui compose toute matière. A l'époque d'Aristote, le terme "atomos" désignait ce qui n'est n'est pas sécable même si depuis nous avons pu y pénétrer et comprendre que l'enveloppe externe de chaque atome contient une charge électrique négative qui les font se repousser mutuellement. Lorsque mes doigts masse un corps, si ceux-ci ne s'inter-pénètrent pas c'est que nos champs électriques mutuels se repoussent. C'est l'électromagnétisme. Sans aller jusqu'à faire des quatre équations de Maxwell et de Heaviside l'affirmation de mon postulat, je pense que cette répulsion initiale est en chacun de nous. L'autre est source de conflit, deux contient l'opposition, le dualisme. L'homme a ce caractère d'insécabilité qui fait qu'on ne peut entrer sans violence dans un corps défini par la nature. Toucher l'autre nécessite son approbation et cette approbation est une construction positive de soi.
Le bien-être est l'objectif du massage pour un occidental même si le soin n'est jamais très loin mais objectif n'est pas résultat et bien des facteur peuvent réduire à néant la confiance, le désir de communication afficher par les protagonistes.
Samedi 8 Mars 2008
Cabello Alain
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dimanche, 13 janvier 2008
Nos crimes de terreur
Essai
Je vous cite ce texte que je prends dans le livre Surveiller et punir de Foucault chez Tel Gallimard. Je ne sais pas encore trop comment vous le formuler et c'est l'objet de ce texte, mais je sais, au fond de moi qu'il existe un sens intime entre l'univers carcéral, la "question" qui signifiée l'interrogation par la torture et l'art de vivre du massage qui entre étrangement en résonance avec nos métiers. Elle en est l'opposition et lorsque j'ai commencé ce livre de Foucault Surveiller et punir avec le cas de Damiens mort déchiqueté en 1757 je me suis dis que si un jour j'écrivais un livre sur le massage je le commencerai par ce texte. Damiens était un désiquilibré qui a tenté d'assassiner Louis XV avec un canif. Cette exécution est tellement répugnante que pour une des rares fois dans ma vie de lecteur j'ai sauté des pages. Seulement voilà, vous n'écrivez pas sans penser et au nom de la mémoire immonde de la France, des gens écrasés par le Royaume, par la Révolution française comme par la République, je l'ai relu, comme on relit les noms, un à un, des victimes d'Oradour-sur-Glane rendant ce texte ici parfaitement nécessaire, même sur un site de réflexion sur le massage, surtout sur un site de réflexion sur le massage.
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Le massage, l'art de vivre est, aussi surprenant soit-il, dans ce texte. Certes, il s'agit d'un massage chthonien, une sort de contraire, de massage à l'inverse, de négatif mais il est là et, à l'instar du bien que l'on ne peut connaître sans être en mesure de définir le mal, on ne peut vraiment penser le massage sans intégrer ce rapport au corps par sa violente destruction. Art de vivre ou art de faire mourir pour montrer au peuple la puissance du roi et celle de la justice d'un royaume dévoreur des siens.
La torture se pose alors comme un massage à part entière qui cherche par l'utilisation de nos sens l'effet inverse de la relaxation par l'apaisement de nos tentions. Ce retour aux origines se transforme en un retour à la force pour laquelle la douleur est l'objectif. Le massage est défini comme la manipulation des tissus vivants à des fins thérapeutiques ou de détentes, auxquelles ont pourrait ajouter et à toutes autres formes de violences ciblant le corps. Le point commun et paradoxal de ces finalités est celui de la vie. Pour les percevoir le corps doit être vivant ou maintenu vivant.
Que l'horreur passe aussi par le massage permet de le re-qualifier dans ses intentions mièvres qu'on lui prête souvent en occident. L'Asie plus ancienne que nous dans sa réflexion sur le massage a bien établie les relations qu'il y avaient entre massage et soins via des techniques qui se posent carrément comme thérapeutiques. C'est à nous désormais de tenter de décrire tout ce que le massage nous revèle de nous-même par le curseur social. Comment une pratique pourrait à ce point nous parler de nous-même pour que régulièrement on lui confie notre corps sans qu'il n'y trouve rien du corps social ? Tenter de justifier l'absence de la société qui nous contient en qualifiant le massage de relaxation de pratique de second ordre dans la hiérarchie des importances, c'est profondément méconnaître ce que l'homme met vraiment de lui dans ces moments. Le massage et son travail et écoute des sens du corps ne peut plus longtemps accepter d'être cantonné au sensible corporel à l'exclusion du sensible social et politique. Le prochain travail de fond pour le massage sera celui de l'inventaire et savoir reconnaître dans les pires tragédies de nos sociétés d'hommes une part à l'élection tactile. Ce double visage du massage donne corps à la part inconsciente que découvre le toucher. Toucher n'est pas seulement maternel, bienveillant mais peut devenir pervers et cruel par déficite d'humanité. J'entend par déficite d'humanité l'extinction momentané
Exécuteur/masseur, les deux sont des exécutants, l'un pour punir, l'autre pour récompenser, tenaillage, échafaud, écartèlement pour le premier; palper/rouler, étirements pour de second et dans les deux cas, de l'huile, brûlante pour l'un, chaude pour l'autre. Cette évocation du sort des damnés, hurlants les pires outrages que littérature et tableaux surent nous abreuver pour mieux nous tenir sous la coupe du pouvoir civil et religieux, a ceci d'intéressante qu'elle nous rappelle que nos sens peuvent être à double tranchants. Ils peuvent bien-sur percevoir le doux, le sensuel mais force est de constater que la violence s'est toujours affûtée dans l'art de la guerre, autre massage d'ailleurs que celle-là, mais aussi dans l'exercice du pouvoir, de la force pénale comme dans la contrainte faite sur autrui pour obtenir ce que l'on veut. Les sens dans ce qu'ils ont de sensibles deviennent une arme qui se retourne contre celui qui les possède. Torture, privation de nourriture, de liberté sont des agressions directement perçus et comprises par le corps comme sanctionnelle. La douleur, l'écorchure, la section, l'arrachage sont l'alphabet du tortionnaire. On se rend alors compte que le massage est aussi codifié que peut l'être la question et que l'homme est aussi apte à travailer pour construire que pour détruire. Les méthodes d'interrogations, les tortures que bien des hommes, sans êtres des monstres, sont capables d'infliger à un autre homme est le négatif d'un massage dans lequel tout est fait pour être léger. Au lieu d'amplifier la pression, de persécuter l'autre comme preuve flagrante de la fragilité du pouvoir, les chairs sont en massage pétries à des fins de détentes. Ces deux massages s'opposent donc et se rejoignent dans la recherche exprimée du contact, l'un violent et l'autre apaisant. La torture comme le massage passe par la compréhension que l'on a du corps de l'autre et de sa capacité à percevoir le sensible en faisant volontairement mal comme en dispensant le bien-être, l'Être bien.
Il est fondamental de proposer à la réflexion ce texte décrivant le sort de Damiens et de lancer une étude qui permettrait de superposer la transparence de ces deux calques et de décrire ces différences de crayons.
Dans notre société pénale à l'instar des abattoirs, l'homme n'a eu de cesse de rendre, légitime, catégorique et humaine l'insondable terreur de la privation. La mise au ban, l'enfermement, la confiscation, la peine capitale sont des verdicts comportant en germe l'échec de la pédagogie et le désaveux d'une politique sociale. La différence avec le massage c'est que la notion d'enfermement est temporaire et choisie avec pour axe principal celui de l'équilibre avec soi. Nous pourrions y voir là peut-être l'amorce d'une solution à la violence de l'État que sous-tend celle des individus. L'art du toucher est une communication en soi et l'incarcération, la punition ou l'exécution procèdent par l'isolement dans lequel l'échange tactile reconnu comme une communication est évité parce que l'attachement est source de remise en question de l'autorité. Les menottes par exemple illustrent bien cette captivité des mains, poignets ceints par l'anneau prévôtal relié à une chaîne d'entrave. Il s'agit alors de priver, on enferme les mains comme on enferme le corps et le massage est aussi une prison dans laquelle on est enfermé pour un temps donné sans connaître son partenaire de cellule mais à la différence notoire avec celle de la punitive, c'est que celle-ci est entend un enfermement volontaire et se pose comme un parloir intime ce que l'autre réfute. La logique est toujours la même, ne pas favoriser les conforts et rendre pesant le quotidien de l'enfermement plutôt que de lui ouvrir trop d'aménagement qui finirait par le rendre inefficace. On voit bien qu'on navigue constamment du massage à l'anti-massage c'est à dire de la nécessité de faire évoluer les prisons pour entrer en conformité avec les réformes judiciaires soucieuses d'être plus juste et la sanction là pour faire sentir au prisonnier le poids de sa faute. La main fut souvent utilisée pour symboliser l'action, la main qui punie, le doigt de la main qui montre, dénonce, la main qui arme ou celle qui frappe, empoisonne, celle qui rend la liberté toujours moins forte que celle qui la confisque.
Le corps est une liberté mais il est aussi une prison de laquelle on ne peut s'échapper sans cesser de vivre lorsque que d'autres exercent sur celui-ci des pressions qui l'atteignent. Ce corps devenu geôle meurt avec l'accord du groupe qui laisse à l'État le soin d'être juste en son nom. Ce qui lui est interdit par le droit et le tabou Ce désintérêt pour l'univers carcéral, pour la violence environnante de laquelle on tente en permanence de s'extraire m'explique ce qui m'a toujours plongé dans des abîmes de perplexité. Pourquoi la supériorité numérique ne suffit pas à tenir tête au tortionnaire ? Pourquoi les prisonnier des camps nazis ne ce sont-ils pas révoltés contre l'insondable ? Pourquoi aller à la mort sans broncher ? Pourquoi un peuple comme celui de France ne s'émeut-il pas de l'état même de rétention ? C'est à cause des effets du massage. lorsque celui-ci génère des tensions, des stress, des peurs, menace nos équilibres de vie alors le corps se réfugie là où on ne peut l'atteindre "dans son silence". Le corps qui se rassure dans un massage statique est un corps qui n'éveille pas l'attention par sa mobilité. Car c'est bien par l'absence de silence, par l'activation de nos réflexes de corps vivant que alerte est donnée a la minorité régnante, au prédateur comme au pouvoir. Bouger vous fait repérer. Il est un fait bien sur que nos démocraties ont atteint un minimum de civilisation, de respect de l'individu mais il se cantonne à la masse, à son uniformisation par l'enseignement, le conditionnement mais force est de constater que le déviant, le hors-rail est une anomalie systémique dont la propagation est une certitude de déséquilibre.
Le massage devrait être enseigné à l'école, il contient de la pédagogique, de l'accès à l'autre et c'est ce qui nous manque peut-être. Ce manque d'accès à celui que des murs isolent, qu'une justice condamne, qu'un peuple répudie alors que c'est en touchant, en communicant que l'autre devient l'équivalent de soi. Je ne pense pas que nos démocraties fassent fausse route, nous ne sommes qu'une jeune espèce qui chaque jour affûte son organisation politique mais il est temps de repenser les prérogatives de l'autorité.
Cette carence du touché se transpose dans les faits délictueux.
L'othopédie morale
Dimanche 20 01 08
Alain Cabello
19:50 Publié dans Massage & Violence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


