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Massage et kiné

  • La fable du Loup et le sort de l'Agneau

    Vous rappelez-vous la méthode des non point faibles mais des affaiblit, pour dire au Roi ce que le Roi redoutait qu'on lui dise en l'interdisant ? Cela montre bien la répartition des pouvoirs et l'hégémonie du premier sur le second. Vos paroles, vos questions sont déjà une remise en cause des partages de pouvoir. Vous pratiquez le massage que nous-même rechignons à exercer tout en vous contestant le droit de vous adonner à cet art, parce que nous en avons le pouvoir, la force économique et le talon pour écraser quiconque s'y oppose... Ça ne sert aucunement à l'exercice de mon pouvoir mais ça en est un des instruments. Avec le spectre et le globe il y a le pouvoir de toucher l'autre que nous ne pouvons vous autoriser à partager avec nous sous le même vocable. Kinésithérapeute, vous n'êtes que relaxologues. Nous descendons du Conseil d'Etat vous n'êtes issue que de la fange des peuples. C'est la fable de Jean de la Fontaine, le Loup et l'Agneau version contemporaine que je vous invite à la relire en plaçant par vous-même Ordre des kinésithérapeutes et Masseurs dans les rôles qui vous sembleront les plus concordants....

    La raison du plus fort est toujours la meilleure:
    Nous l'allons montrer tout à l'heure.

    Un Agneau se désaltérait
    Dans le courant d'une onde pure.
    Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
    Et que la faim en ces lieux attirait.

    Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
    Dit cet animal plein de rage
    Tu seras châtié de ta témérité
    Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
    Ne se mette pas en colère;
    Mais plutôt qu'elle considère
    Que je me vas désaltérant
    Dans le courant,
    Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
    Et que par conséquent, en aucune façon,
    Je ne puis troubler sa boisson.
    - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
    Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
    - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
    Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
    - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
    - Je n'en ai point.
    - C'est donc quelqu'un des tiens:
    Car vous ne m'épargnez guère,
    Vous, vos bergers, et vos chiens.
    On me l'a dit : il faut que je me venge.
    Là-dessus, au fond des forêts
    Le Loup l'emporte, et puis le mange,
    Sans autre forme de procès.

    Jean de la Fontaine

     

    Voilà une façon diplomatique de remettre en question le pouvoir du roi... Voilà une façon diplomatique de remettre en question le pouvoir de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

    Ainsi massions-nous dans le courant de cette onde pure qu'est le massage, nécessaire aux deux et bien antérieur à eux dans cette scène"
    Quand l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes survient en ces lieux, mais sans avoir pour lui la circonstance atténuante du jeun qui atténue les oeuvres de la pensée rendant par nature nécessaire cette rencontre alimentaire lorsque la faim attire. Donc point de faim par ces lieux attirée juste une histoire parfaitement secondaire de territorialité.
    "Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?" Dit cette corporation pleine de conditionnements culturels et d'acquits sociaux ?
    "Tu seras châtié de ta témérité"
    Mais ne peut-on donc pas répondre, sans être dans l'affrontement, qu'il n'est nullement nécessaire de se mette en colère ?
    "Mais plutôt qu'elle considère
    Que nous allons désaltérant dans les courants du massage
    Plus de vingt pas au-dessous d'Elle" _la kinésithérapie se plaçant d'elle-même audessus des autres massages du monde_
    Et que par conséquent, en aucune façon,
    Nous ne pouvons troubler sa boisson"
    Irions-nous boire jusqu'entre les pattes de ce loup alors que les eaux du massage s'étendent au-delà de ce que nous sommes ? Quel immature pourrait penser un instant un seul, que les eaux de la kinésithérapie seraient meilleures que celles des autres techniques ?
    "Tu la troubles", reprit cette corporation très procédurière,
    Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
    - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
    Si ce n'est toi, c'est donc ton frère et par extension quelqu'un des tiens"
    Médire me semblait moins criminel que l'objet de la médisance qui n'est jamais par ce texte que la condamnation d'un monopole octroyant à ce courant d'onde pure ou purifié des autres, un titre de propriété bâtie sur la spoliation du plus grand nombre. Jamais massage n'a médit sur tel autre qui ne montait sur les pieds de tous. Alors, on aura toujours bon dos de dire que si ce n'est pas nous collectivement qui médisons, c'est bien quelqu'un des-nôtre trouvant dans ce livret le prétexte d'un courroux. Seulement tout monarque au pouvoir absolu finit par être contester jusque dans sa cour. Les bergers et les chiens des mots que j'écris ne sont que le résultat d'une politique par anéantissement.
    "On me l'a dit : il faut que je me venge", sent déjà le début de la fin et révèle une certaine inconstance dans le dialogue ainsi qu'une propension à faire justice soi-même. Je ne me permettrais pas de préjuger de la puissance de l'immaturité et que la vengeance soit la seule réponse d'un Ordre qui est tout sauf un ordre de barbares.
    "Là-dessus, au fond des forêts judiciaires", est-il envisageable qu'aujourd'hui encore l'Ordre emporte le caprin et puis le mange ? C'est tout à fait possible, par contre sans autre forme de procès ça c'est moins sûr. Ce n'est certainement pas par une pluie de procès, voir la privation incongrue de ma liberté qui me fera taire. Car c'est bien de cela que les masseurs et masseuses se méfient, des procès, des contrôles fiscaux qui se déclenchent soudainement, des services de l'hygiène inhabituellement zélés. Là sont les vraies dents des vrais loups qui cherchent aventure. Croyez-vous donc que ce face-à-face me laissera indemne ? Sûrement pas et le verbe des blancheurs innocentes ne saurait suffire à la logique d'émaille d'une dentition aussi ancienne, organisée pour broyer. Vous croyez que beaucoup s'en relève de ces attaques orchestrées ? Seulement ce texte se place dans l'exacte prolongement de cet agneau de jadis dont l'argument s'est brisé à la mauvaise foi de la faim. La raison du plus fort est toujours la meilleure mais la force de conviction des plus exposés n'est pas forcément la plus faible.

    Alors ce poème est l'expression d'une époque et son dualisme est assez insoutenable je vous l'accorde, le noir et le blanc, le bon et le mauvais, et les acteurs de ce qui nous amènent ici ne sont certainement pas aussi brutalement définissable. La France est un pays de droit dont cet Ordre des kinésithérapeutes n'est qu'une des résultantes organisationnelles et ni eux ni nous ne sommes dans une dialectique d'oppositions aussi tranchée. Ce loup que je dénonce est bien sûr une allégorie du partage des pouvoirs, vecteurs d'inégalités au sein d'une société civile qui ne parvient pas à se faire entendre et ravale ses frustrations.
    Le loup de cette peur d'enfant rejoint celui de notre appréhension de l'exercice du pouvoir du père et ce à quoi il nous astreint pour des raisons falacieuses. Mais cette expression de la force brutale qui emmène, pour dévorer, c'est la même qui par voie de conséquence nous amène à ne plus toucher. Mourir c'est la perte de ses sens, ne plus masser c'est la confiscation d'un seul. Ce loup c'est l'expression arbitraire de la réalité fondamentale de l'autre, ce loup est dans la surdité même de la loi. Nous disons donc aux kinésithérapeutes, vous ne pouvez exister sans le massage, sans cette source commune au point de vous l'approprier mais c'est sans penser que les autres aussi s'abreuvent de la même eau. Ne pas pouvoir utiliser le mot massage c'est se faire dévorer tous les jours un peu plus car tous les jours comme vous nous massons, tous les jours nos métiers s'expriment sur ce corps naturel et c'est le brider par les dents carnassières de votre force politique et non la recherche d'une concorde.

    Lorsqu'une corporation n'est pas sûr d'elle-même au point de vouloir tout posséder, tout verrouiller comme pour mieux se protéger, cela pose la question de la validité de ses acquits voir de ses résultats. La seule nécessité avérée de la kinésithérapie et la pondération de science occidentale dont elle fait montre, devrait suffire à asseoir son autorité sans avoir à verrouiller toutes les issues. L'Ordre des kinésithéraputes est une instance d'organisation de droit public pas une redoute assiégée, les autres massages du monde sont leur alter-ego pas des assaillants sans foi ni loi. La pratique des premiers n'excluent pas la légitimité des autres.
    Personne ne veut voler personne, juste s'exprimer dans sa technique, il ne devrait pas y avoir de quoi fouetter un chat et encore moins manger un agneau en se cachant derrière le Conseil d'État.
    Ce seul débat est déjà surréaliste, il faut vraiment être en France pour assister à de tels situations dont nous avons visiblement le secret. Protéger une profession dont personne ne conteste la pratique, et lui réserver un terme utilisé dans le monde entier en lui donnant ce sens-unique médical que personne ne lui prête, en allant jusqu'à inscrire dans la loi son acception linguistique à l'exclusion de toutes les autres que lui reconnaissent pourtant l'Académie française est sidérant. Ne pourrions-nous pas légiférer une bonne fois pour toute comme dans la plupart des pays d'Europe afin que tout le monde puisse travailler ?

    Dimanche 17 février 2008
    Par Alain Cabello