samedi, 25 juillet 2009
Spartacus, homosexualité et massage
Texte libre de droits non commerciaux, produit bénévolement par Alain Cabello le samedi 25 juillet 2009 au bénéfice du CFDRM.
Toutes reproductions totales ou partielles hors photos sont autorisées.
Massage et cinéma
Spartacus

Spartacus est à l'origine un livre écrit par l'écrivain américain, Howard Fast, né à New York en 11 novembre 1914 où il mourra en 2003. Edité dans les années cinquante, ce livre sera adapté au cinéma dix ans plus tard par Dalton Trumbo et dont la réalisation sera confiée à Stanley Kubrick. Dès sa sortie, le film rejoindra la liste noire du cinéma établie par le maccarthysme et quelques scènes seront censurées dont un dialogue de prostitution homosexuelle entre deux hommes, ayant pour toile de fond, un massage...
Le synopsis de Spartacus de 1960 : 73 avant J. C. Alors que la République romaine est en pleine décadence, en proie aux rivalités des ambitieux (Crassus, Pompée et déjà le jeune César), l’esclave Spartacus s’échappe avec ses compagnons d’une école de gladiateurs et devient le chef d’une révolte d’esclaves qui menace Rome. Crassus veut exploiter la situation pour devenir le maître de la République, tandis que le sénateur Gracchus essaie de pousser son protégé, César, pour contrer Crassus.
C'est dans ce scénario, que nous découvrons la bi-sexualité de Marcus Licinius Crassus que joue Laurence Olivier, mise en lumière lors de son bain, quand il demande à son jeune esclave, Antoninus joué par Tony Curtis, de le rejoindre avec un siège...
Antoninus ne porte à la taille un short court, il prend un tabouret, descend avec dans le bassin, le dépose en son centre, Crassus s'y assied.
La scène est lointaine, filmée en surplomb, nous la voyons d'ailleurs derrière un voile qui sépare les thermes des appartements privés de Crassus.
Antoninus entreprend de masser le dos de son maître alors que s'engage une étrange conversation sur les vertus de la bisexualité dont les sexes se font huîtres pour parler de celui des femmes et escargots pour imager celui des garçons. Cette scène est d'autant plus mythique qu'elle est un marqueur fort d'homosexualité au cinéma, faisant de cette pratique montrée ici comme tout-à-fait établie dans l'antiquité, la contestation de son interdiction aux USA dans les années soixante. Le dialogue est extrêmement bien amené sous les hospices de deux symboles puissants de l'intimité, le bain et le massage. Dès lors, ce film devient particulièrement important aussi bien dans l'histoire de la prise de parole publique de l'homosexualité comme dans l'histoire du massage au cinéma dans la mesure où il transpose, par le biais d'un focus historique, le rapport de force entre maître/massé et masseur/soumis au désir qui s'exprime par une exigence de prostitution.
La lecture de cette scène devient alors aussi bien cinématographie et revendication homosexuelle que masso-pratique et confrontation aux sexualités.
Je vous livre ici la fameuse scène.
Voici le dialogue :
Crassus– Vas me chercher un siège Antoninus - Mets-le dans l'eau
Antoninus descend dans le bassin, le pose au milieu
_ Là ça ira
Crassus s'y assied tandis qu'Antoninus lui masse le haut du dos avec de l'huile qu'il verse d'une fiole de verre.
Crassus– As-tu jamais volé, Antoninus ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – As-tu jamais menti ?
Antoninus – Pas, si je peux l’éviter.
Crassus – As-tu jamais, déshonoré les dieux ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Te réfrènes-tu de ces vices par respect des, vertus, morales ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Manges-tu des huîtres ?
Antoninus – Lorsque j'en ai, maître.
Crassus – Manges-tu des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Bien sûr que non. Tout est une question de goût, n'est-ce pas ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Et le goût n'est pas semblable à l'appétit, et donc n'a aucun rapport avec la moralité, n'est-ce pas ?
Antoninus – Cela pourrait sans doute se discuter, maître.
Crassus– Ça suffit. Mes vêtements, Antoninus.
Ils sortent tous les deux du bain, Antoninus en tête afin d'envelopper son maître d'une toge. Sur son épaule Antoninus lui met une étole.
– Pour satisfaire mes goûts, il me faut des huîtres et des escargots.
Antoninus écarte le voilage afin de laisser le passage libre à Crassus qui apparaît dans la pièce attenante à ses appartements.
Crassus– Regardes Antoninus.
Crassus se dirige vers le balcon duquel on voit, de l'autre côté du Tibre, passer une garnison romaine, capée de pourpre.
Crassus – De l'autre côté du fleuve il y a quelque chose qui vaut la peine d'être vu.
– Là, mon garçon, [Crassus se retourne en direction de son esclave] c'est Rome…, la puissante, la majestueuse…, la terrible cité de Rome. Le colosse qui domine le monde du levant au couchant. Nul ne peut résister à Rome, personne, aucun homme et aucune nation… et moins encore, un jeune garçon. [Crassus se retourne de nouveau en direction du paysage et poursuit]
– Il n'existe qu'une façon de traiter avec Rome Antoninus, il faut la servir, il faut courber la tête devant elle, ramper à ses pieds, il faut l'aimer. Ais-je raison Antoninus ?
[Lorsque Crassus se retourne en attendant la réponse, son esclave a disparu.]
– Antoninus ? Antoninus ?
La scène s'arrête là.
La seule alternative d'Antoninus c'est la fuite, le "Ais-je raison Antoninus ?" de son maître ne laisse la place qu'à une affirmation contrainte et non pensée. Le stade suivant ne pouvait être pour cet homme que l'acquiescement ou la fuite en guise de rébellion.
A partir de cette scène qui découle d'un massage, Antoninus décide de fuir le service de son maître. Il est évident que dans l'antiquité les patriciens romains propriétaires de leur maison comme de leurs esclaves ne s'embêtaient pas d'autorisation pour abuser de leur personnel qu'ils achetaient en conséquence. Il se faisaient servir, habiller, déshabiller, masser, laver et selon les orientations, la sexualité était facile, obligé et d'autant plus exacerbée que ces soldats partaient régulièrement en mission et risquaient à tout moment d'être tués. C'est ce qu'il se passe ici. Rome se lève contre la révolte des esclaves menée par Spartacus, ancien gladiateur qui s'échappe avec une centaine d'esclaves et monte une armée pour s'opposer à la rudesse de leurs maîtres. Crassus doit partir ce qui pourrait expliquer l'élégance de l'approche. L'homosexualité qui n'était pas condamnée répondait à des codes dont la sodomie n'était pas la moindre de leurs transgressions et méritait quelques discrétions. Le citoyen romain pouvez abuser aussi bien des femmes, des hommes que des enfants de sa maison mais il devait toujours rester le dominant. Pas question de sodomie venant du personnel sur quelque membre de la famille et tout particulièrement sur les mâles qui devaient rester actifs en toute circonstance. Cela n'empêchait pas qu'elle ait pas lieu, mais il ne fallait pas que cela se sache et ceux dont l'homosexualité était de notoriété publique, faisaient l'objet de railleries permanentes, de graffitis sur les murs de Rome et même de pamphlet lorsque le personnage était important.
Par contre, historiquement, alors que les romains déambulaient la plus part du temps nus dans les thermes publics, après avoir remis leur toge aux Apodytaires, vestiaires tenus par des esclaves appelés Capsaires, il est étonnant de voir qu'un romain disposant de ses propres bains, laisse son esclave habillé sachant qu'il le convoite. Les pauses où Crassus lui-même est habillé dans son bain ne répond en fait qu'à la censure mais dans le film, il est bien nu comme nous le voyons sur une autre photo.
Les esclaves étaient néanmoins coûteux et selon les périodes et la richesse de la famille qui les détenait, ils restaient bien traités notamment lorsqu'ils étaient érudits comme beaucoup de grecs très prisés pour occuper le poste de précepteurs des jeunes romains. Antoninus est particulièrement instruit, en fait il est poète ce qui explique que s'il répond avec déférence à l'autorité qui le gouverne, il se méfie de ce qu'il répond et parle avec mesure.
Reprenons.
Crassus fait descendre son esclave dans son bain et lui demande de venir avec un siège. Il serait intéressant de savoir les sources d'inspiration de Howard Fast mais ce dont on peut déjà en déduire c'est que nous avons là un massage assis...
Crassus ne prend pas de front son esclave mais le ménage considérablement en abordant l'homosexualité qu'il considère comme normale, sur le registre du défaut. En effet, il commence par lui demander s'il n'a jamais volé, menti, (sans doute pour s'assurer de la véracité de la réponse que lui fera Antoninus et la réponse est déjà prudente) "Pas, si je peux l’éviter".
- As-tu jamais, déshonoré les dieux" et après la même réponse laconique et obéissante de l'esclave il poursuit par : "Te réfrènes-tu de ces vices par respect des, vertus, morales ?". Antoninus répond que oui, il respecte ce qui doit être respecté parmi les vertus comprises comme telles à l'époque. C'est là que le piège se referme lorsqu'il axe l'échange sur les mœurs...
Crassus – Manges-tu des huîtres ?
sous-entendu, aimes-tu les femmes ?
Antoninus – Lorsque j'en ai, maître.
La réponse est ambiguë et laisse penser que lorsqu'il en à il en mange, certes, mais que cela n'est pas être sa priorité, alors qu'un enthousiasme sincère et spontané aurait de fait laisser présager la place congrue laissée à tout autre alternative.
– "Lorsque j'en ai, maître" mais si je n'en ai pas, je pourrais me contenter des attraits de l'autre sexe... En même temps, sa réponse se double d'une logique assez implacable, "lorsque je n'en ai pas je ne peux de fait pas en manger"... Crassus poursuit donc sur cette ouverture :
Crassus – Manges-tu des escargots ?
Autrement dit, "Aimes-tu les le sexe des hommes ?"
Antoninus – Non, maître.
Crassus le coince ici
Crassus – Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?
En un mot, l'homosexualité te semble-t-elle immorale ?
Antoninus – Non, maître.
Antoninus ne peut répondre autre chose mais en disant cela il valide le fait que l'homosexualité et sa pratique ne se situe donc pas en contradiction avec les Dieux et la moralité, d'ailleurs, il referme la nasse sur son esclave en rajoutant comme entendu :
– Bien sûr que non. Tout est une question de goût, n'est-ce pas ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Et le goût n'est pas semblable à l'appétit, et donc n'a aucun rapport avec la moralité, n'est-ce pas ?
Crassus lui dit très finement que l'on peut avoir le goût des homme sans en avoir l'appétit, c'est-à-dire la pratiquer sans l'aimer...
Antoninus se rebiffe mais il est déjà trop tard, le piège s'est refermé sur lui
Antoninus – Cela pourrait sans doute se discuter, maître.
Il lui répond que son affirmation pourrait être contestée mais Crassus l'entraîne au fond de sa logique de dominant en interrompant l'échange
Crassus– Ça suffit. Mes vêtements, Antoninus.
et il rajoute que pour son bon plaisir :
– Pour satisfaire mes goûts, il me faut des huîtres et des escargots.
Autrement dit, il me faut des femmes mais il me faut aussi des garçons, ce n'est pas une préférence mentionnée dans une conversation entre égaux, c'est un ordre qui se traduit par, "tu es à mon service et par conséquent, pour me satisfaire, il faut te donner complètement, que tu en aies ou non l'appétit, dès lors que j'en ai le goût". Ce qu'il avait tenter d'obtenir par la persuasion il l'exige par la métaphore et ce qui était une formulation élégante au départ devient un ultimatum à peine déguisé :
Crassus – De l'autre côté du fleuve il y a quelque chose qui vaut la peine d'être vu.
– Là, mon garçon, [Crassus se retourne en direction de son esclave] c'est Rome…, la puissante, la majestueuse…, la terrible cité de Rome. Le colosse qui domine le monde du levant au couchant. Nul ne peut résister à Rome, personne, aucun homme et aucune nation… et moins encore, un jeune garçon.
[Le message est clair, Rome c'est moi en tant que patricien romain et ce qui vaut la peine d'être vu, ce qui domine le monde, ce qui suffit à susciter la terreur ne peut être contesté dans ses désirs. Nul ne peut résister à Rome, et donc à moi, Crassus, personne, aucun homme et nous montons dans la hiérarchie de l'évocation des forces croissante, aucune nation… C'est juste après nation que Crassus donne le coup de grâce en regardant Antoninus dans les yeux, si aucune nation ne peut résister, comment un jeune garçon pourrait-il me résister alors qu'il est à mon service ?
[Crassus se retourne de nouveau en direction du paysage et poursuit]
– Il n'existe qu'une façon de traiter avec Rome Antoninus, il faut la servir, il faut courber la tête devant elle, ramper à ses pieds, il faut l'aimer. Ais-je raison Antoninus ?
[Lorsque Crassus se retourne en attendant la réponse, son esclave a disparu.]
– Antoninus ? Antoninus ?
Il exige ainsi que son esclave lui cède sans résistance, qu'il traite avec lui, même si l'irrédentisme de ce romain vise à l'invasion de son propre corps par le sien. Il faut qu'il le serve, qu'il courbe la tête, qu'il rampe à ses pieds, qu'il l'aime enfin, le don doit être total. Il devenir son amant. A cette manifestation de force, l'esclave, le soumis n'a que l'impuissance de laisser faire ce que dans sa nature même il exècre comme tant d'autres avant lui, et ce, jusqu'aux nation, violées, comme lui sera violé, à ceci près qu'Antoninus répond par la résistance. Que personne, qu'aucune nation ne puisse désobéir à Rome ne signifie pas qu'il s'en interdise la liberté individuelle de lui dire non.
Ne pas attendre la fin de la réflexion de Crassus, ne pas l'écouter jusqu'au bout c'est lui couper la parole, c'est répondre au sens qu'on ne partage plus mais qu'on impose, par l'absence qu'on inflige en indiquant que même Rome ne peut prétendre à tout de tout le monde.
La métaphore que ce romain utilise dans cette période près-chrétienne est la même que celle que nous rencontrons dans le massage au quotidien. C'est l'illustration de ce rapport de force permanent et la place de l'intimidation et l'expression récurrente du désir de celui qui règne. Confronté à la sexualité, à celui qui a le pouvoir de l'argent, quelle attitude prendre ? Le risque de la résistance ou l'apathie de la soumission ? Cette scène est une allégorie de la prostitution et elle est d'autant plus intéressante qu'elle naît d'un massage, d'une décente dans le bain de son maître pour lui masser le dos, pour le nettoyer d'une éponge, pour le satisfaire. Seulement obéir aux contraintes de l'esclavagisme ou aux nécessités qu'implique sa fonction ne signifie pas renoncer à toute possession de soi-même. La fuite comme symbole de refus, de perte de position est ici préférée à la prostitution comme renoncement de son identité. Se donner sexuellement à son maître comme à son client en massage, c'est abandonner au désir de l'autre l'infime espace de liberté que renferme le prodigieux élan qu'impulse le corps lorsqu'il se donne à l'intime de celui ou de celle qu'il à choisi.
Le droit que se réserve chaque Être à se donner, implique le combat qu'il doit mener pour que ce don découle bien de sa seule volonté et soit proportionnel à l'énergie qu'il est prêt à y mettre pour le défendre afin que l'implication, la force de cette mise en commun volontaire d'une partie de sa souveraineté soit un cadeau et non une spoliation. L'abandon est l'antithèse du don, c'est la renonciation, la mort de la volonté dont la passivité du oui est l'acte d'enfermement. Être sous influence n'est pas l'expression de l'inexistence mais de l'acceptation d'une partition de ses prérogatives dont l'esclavage est la renonciation à les faire valoir. Ici il s'agit bien du choix et de la place que chacun s'octroie face à l'autorité brutale.
Être sous influence n'est pas l'expression de l'inexistence mais de l'acceptation d'une partition de ses prérogatives. Ici il s'agit bien du choix et de la place que chacun s'octroie face à l'autorité brutale.
Antoninus choisi de fuir pour mieux se révolter et rejoindre le soulèvement de Spartacus alors que Rome et son maître s'apprète justement à combattre. Ce n'est donc pas une évasion sans but mais un refus d'appartenir à ceux qui semblent tout-puissants. Dire non c'est se réserver une marge qui ne soit pas sous influence et de laquelle je suis le seul décisionnaire.
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D'une vie à l'autre
Texte libre de droits non commerciaux produit bénévolement par Alain Cabello le Mardi 1er juillet 2008 au bénéfice du CFDRM.
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Massage et cinéma
D'une vie à l'autre
Eddie Cibrian dans D'une vie à l'autre, masseur sexy ou prostitué masculin ?
Ce cubain d'origine né au USA fait une courte apparition dans "D'une vie à l'autre" pour laquelle il joue le rôle d'un masseur. Jusque là rien à dire à part que la scène devient rapidement érotique et cumule bien des interrogations : le massage encore une fois vecteur de sexualité, un professionnalisme bafoué et le theme plus rarement abordé de la prostitution masculine au "déficite" de l'économie féminine.
Des origines cubaines, _sorte de must latin dans un pays sans beaucoup de liberté et auquel il ne reste que l'expression du sexe réservé aux riches adipeux_ mais Américain, qui confère à ce corps stéréotypé made in mâle dominant et hétérosexuel, un statut d'acteur vraiment sexy. Sûrement en faut-il plus pour réussir dans le cinéma mais ça a au moins le mérite d'exagérer les lignes directrices des valeurs que l'on prête au corps et plus spécifiquement aux hommes.
Alors, lisons le synopsis du film "D'une vie à l'autre", "Il s'agit de l'histoire d'une riche bourgeoise, Judith Nelson, amère et névrotique, depuis que son mari, médecin, l'a délaissée pour une ravissante pédiatre plus jeune qu'elle. Un soir, dans un club de jazz, un inconnu, la prenant pour une autre, l'embrasse fougueusement. Ce baiser inopiné va réveiller Judith. Quand elle rentre dans son luxueux appartement elle regarde pour la première fois le liftier, Pat, jusqu'alors invisible, petit homme rond et mélancolique. Que peuvent avoir en commun Judith et Pat?"
Cette présentation vaut tout de même son pesant de machisme. "l'histoire d'une riche bourgeoise, amère et névrotique, depuis que son mari, médecin, l'a délaissé pour une ravissante pédiatre plus jeune qu'elle." Qu'à donc pour effet cette phrase si ce n'est celui quelque part de légitimer implicitement le comportement d'un mari qui ne pouvait que "délaisser" une riche bourgeoise, comprenez une vie emmerdante, au bénéfice de la fraîcheur ? De plus, le malin ne s'est pas éloigné pour rien mais au contraire, _stéréotypons un peu plus_ pour une ravissante pédiatre plus jeune qu'elle. Rien que le fait d'être plus jeune semble déjà là un argument de poids dans une société où l'image semble absolument nécessaire et qui dans le cas présent, se glisse dans le corps d'une jeune et ravissante pédiatre. Cette prise de distance rend donc notre bourgeoise amère et névrotique et surtout, laisse supposer qu'elle en avait déjà les prédispositions.
Dans la scène de massage que comporte ce film, le rôle du mâle sûr de lui est poussé à son paroxysme avec le beau ténébreux Eddie Cibrian. C'est le baiser d'un inconnu qui se trompe de personne qui la réveille, c'est-à-dire d'un autre homme qui certes se trompe de personne mais en même temps l'ébranle. Il faut donc dépoussièrer tout ça et comment ? Mais en mimant les comportements masculins afin, là encore, de les faire légitimer par le beau sexe rendant l'acte d'autant plus banal qu'il devient pratiqué par tous et surtout par toutes. Ainsi, une femme libérée serait une femme se livrant aux mêmes pratiques que les hommes...
Alors, que fait cette Judith désespérée ? Et bien elle se paye un masseur. C'est ici qu'intervient notre beau et ténébreux et cubain et américain Eddie Cibrian et c'est précisément l'objet de ce papier. Précisons tout de suite qu'aucun des qualificatifs que je vais employer n'est péjoratif et préjudiciable au massage ou aux qualités de l'homme, ces caractéristiques prises toutes ensembles ne donnent qu'un profil avantageux, trop avantageux et in fine orienté au service, des hommes, toujours eux.
Ce profil est celui du macho, du dominant, du fécondateur est là, et cette femme si active dans son initiative à se payer un masseur redevient passive, même si la forme change un peu, c'est elle qui passe commande d'un masseur, le consomme comme un mec mais avec les attributs de la femme fatale. Ainsi, on voudrait nous faire croire que l'égalité homme/femme passerait par l'imitation des comportement de l'autre. Car c'est bien un masseur que Judith demande et non un massage, c'est un homme prudemment dénué de tous les vocables grincheux habituels, comme pute ou gigolo mais c'est pareil, il y a quasi synonymie avec masseur, même si l'on atténue l'évidence par un beau latin avec toute sa charge émotionnelle de sérial baiseur, de Ferrari du sexe. Ce n'est jamais dit parce que c'est le statut même qui l'exige mais ce garçon est un prostitué masculin.
Judith est l'autre versant féminin de la femme fatale car ce n'est que dans sa condition sociale que Judith est présentée comme, riche, bourgeoise, et ce n'est que cette seule période de sa vie qui l'a fait devenir amère et névrotique mais le casting n'échappe pas au mythe hollywoodien, Holly Hunter est en réalité belle, blonde et vamp. Quand on veut faire sport on roule en Ferrari, quand on veut renvoyer l'image d'une personne libérée on sort avec un latin symbole de sexe. Le masseur dispose aussi de tout une armada de stéréotypes assez proche et fondre le latin dans un masseur c'est lui ajouter une fonction de geisha on ne peut faire mieux, à part peut-être de sur-rajouter de la pression là où les hommes n'en non que déjà trop.
_ "Ca fait combien de temps que vous ne vous êtes pas fait masser ?"
_ "Heu, je ne m'en souviens pas"
En version française on entend que dans l'intonation de la voix ce n'est pas le retour aux origines qui est recherché, ce n'est pas une femme prête à se laisser aller à une détente profonde par les arts traditionnels du massage qui vous fait déjà oublier tout ce qui vous entoure et vous qualifie socialement, mais bien une femme avec des arrières pensées d'homme, à moins que ce soit la façon dont les hommes rêvent de voir les femmes... La question qui suit est posée par le masseur, de face, dans un mouvement qui le fait aller vers la table de massage, c'est-à-dire vers le lit encore vide
_"Est-ce qu'il y a des endroits où vous voulez que j'insiste particulièrement ?.
Comme dire cela. Le sexysme devient ici insoutenable et presque Edenique, elle éteint la lumière, se retourne et répond sans équivoques sur ses intentions,
_" Je peux décider plus tard ?
Il ne s'agit pas de savoir si les gibosités du sous-vêtement du ténébreux seront saisies par les mains d'une Eve en proie à l'ennui mais bien quand est-ce qu'elles le seront avec le consentement des deux. Plus qu'une résolution de la condition humaine nous avons là un sexysme anti féminin évident mais ce qui n'apparaît pas immédiatement c'est que ce sexysme joue dans les deux sens en heurtant de plein fouet les hommes tout en égratignat gravement les métiers du massage. Ce film tente de nous montrer une femme prise au dépourvue par la décision de son mari qui finit par s'adapter assez vite à la situation en singeant d'abord le comportement des mecs puis en retrouvant au bas de chez elle, en la personne de son liftier, un espoir. Tout semble parfait pour cette femme mais avant de comprendre ce que son liftier, donc autre élément passif dans l'histoire, elle passe par tous les stades, y compris celui de s'offrir les services d'un masseur. Ces choses là sont toujours délicates à manipuler et les victimes ne sont pas seulement celles que l'on crois c'est-à-dire, les femmes. On ramène le mâle à son valorisant statut de reproducteur ou plus précisément dans le cas présent, d'assouvisseur de femmes en manque et d'ailleurs, comme beaucoup de ces masseurs "spéciaux" satisfait-il également les hommes. Car si ce n'est jamais dit, nous avons là au cinéma la scène d'une femme qui s'offre un gigolo qui est aussi masseur et aussi un être humain.
Le plan final de cette bande-annonce de laquelle j'ai tiré ces photos de moindre qualité nous montrait les deux mains de Judith se posant virilement sur le cul du masseur pour ne laisser aucun doute sur la suite de ce massage et de ce que nous véhiculons en tant que professionnel(le)s. Je dis "montrait" car la scène en a était retirée, il n'empêche que j'en avais fait une capture que je vous livre en fin d'article.

Alors ce n'est qu'une bande-d'annonce mais c'est dans ce laps de temps que par le son et l'image que se concentre le message essentiel que le réalisateur souhaite faire passer et là encore, le massage est dévoyé. Que retient-on de ce passage, et bien essentiellement ce qu'il veut nous laisser voir dans l'instant, c'est-à-dire que la vie est difficile, qu'il suffit de ne pas se poser trop de questions et de se laisser aller à ses pulsions. Ce que ce film nous révèle c'est la perpétuelle solitude dans laquelle plonge celui du couple qui le premier se retrouve lâché. Au-delà de l'effet de surprise, il y a la permanence des faits, l'absence de l'autre que contenaient nos habitudes, le retour au point de départ avec dix, vingt ou trente ans de plus. C'est là qu'il faut réapprendre à vivre alors que l'on été devenu spectateur des déboires des autres. Peut-être serait-il utile que nous les hommes réfléchissions à deux fois avant de nous amuser avec ce type de re-sucer sexyste. Ce phallisme n'est plus supportable et en atteignant les femmes on ne résout rien. Ce mec immature qui part avec une pédiatre jeune et jolie, cette femme qui se fait prendre par un dieu-péripatéticien, ce liftier benoît qui se révèle, et le massage qui jamais n'est un refuge et toujours projette les mêmes fantasmes vides de toute histoire ne sert personne.
Ce costume mal taillé destiné à travestir cette femmes des travers masculins, loin de les banaliser, nous déshabille et révèle un sexisme crasse plus tragique que jamais.

09:13 Publié dans Massage et cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : d'une vie à l'autre, massage, cinéma, prostitution masculine
Epouses et concubines
Texte libre de droits non commerciaux produit bénévolement par Alain Cabello le samedi 30 août 2008 au bénéfice du CFDRM.
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Massage et cinéma
Epouses et concubines

"Epouse et concubines" mériterait de d'être travaillé en profondeur tant ce film est un des plus prodigieux témoignage de la nature des liens qu'entretient le massage avec le pouvoir, ou plutôt devrions-nous dire, les pouvoirs, ceux de l'érotisme, de la tradition, des hiérarchies. De plus nous avons plusieurs formes de massages magnifiquement sublimés par Zhang Yimou. Ainsi, le massage des Epouses et Concubines prend une part centrale, et dans le cérémonial qui organise le prestige que constituerait le privilège d'avoir été choisie par le maître pour passer la nuit avec lui, et comme l'élément le plus actif du rite. Il est une communication qui s'installe jusque dans les sonorités qu'il produit, destinées à faire savoir aux autres épouses le rôle prépondérant que l'élue a.
Premier massage : Nous avons ce premier massage assez surprenant pour un oeil occidental qui consiste à frapper la plante des pieds avec de petits maillets armés de grelots sonores au son saccadée. Ces sons se placent comme de véritables massages-sonores comme le raffinement de l'Asie a su le développer pour devenir beaucoup plus que la simple conséquence d'une décoration d'ustensile destiné à sa pratique. La rythmique gestuelle mais aussi sonore est une mise en perspective de ce que suggère ce massage. Il annonce à toute la maison qu'une épouse bénéficie d'un massage destiné à la préparer pour la couche du maître. La trépidation symbolise le rituel, l'installe dans sa permanence.
Les pieds, recouverts d'un linge rouge lourd de sens est une extension du sexe et de sa préparation à l'amour comme l'Asie a su le formaliser. Ce n'est pas pour rien si le pied prend une telle place dans les massages asiatiques jusqu'à l'extraordinaire travail de la réflexologie. Tambouriner sur ce tissu c'est frapper, solliciter le droit d'entrer et en même temps commencer le travail érotique d'approche génitale. C'est un peu comme une extension du Lotus d'or qui consistait à bander les pieds des filles pour qu'ils ne dépassent pas 7,50 cm. Les souliers portés le jour des noces étaient également souvent brodés de scènes érotiques parfois très explicites et destinées à instruire l'épouse.
Le massage musical prévient la cité entière que la tradition se poursuit immuablement. Celle qui est choisie est celle qui possède la capacité à ce moment là de donner un enfant, une descendance au maître pour perpétuer la dynastie avec tous ce que cela suppose de domination et de privilège.

Deuxième massage : Si Songlian est la dernière des épouses arrivées Qi Zhao, la servante constitue une des concubine. La rivalité entre ces deux femmes est immédiate et Songlian, la surprend en train de fricoter avec le maître, dans sa propre chambre. Certes, celui-ci a tous les droits mais cela heurte l'orgueil de Songlian et installe une tension supplémentaire entre les deux pièces de ce rouage traditionnel. Le maître s'agace de cette sensibilité et décide d'interrompre ses faveurs à la nouvelle arrivée et lui préfère une autre de ses épouses. Mais pour tout le monde cela signifie que quelque chose s'est mal passée ce qui n'est jamais bon dans un monde aussi codifié que féroce...
Le massage qui suit est un de plus bel exemple d'érotisation par projection. Songlian n'étant plus visitée par le maître n'est plus massée mais les sonorité des maillets continuent à spécifier à tous qu'une épouse est choisie sur le même mode. Elle projette donc le privilège d'être massée en fermant les yeux et en s'auto-massant les pieds, l'un contre l'autre. Le fond est noir et illustre bien de sa solitude, l'apparat est remplacé par les jambes suspendues réduite à des frottements, simulacre de massage. Cette scène est très belle et lourde d'érotisme féminin. Le pied symbole de sexualité est là, filmé abandonné, obliger d'imaginer ce que d'autres ont le privilège d'avoir, être massés avant l'amour. Privilège, certes, mais privilège usurpé puisqu'en tant que nouvelle épouse, c'est elle qui devrait être à leurs place, et cela à cause de Qi Zhao, la servante. Ce qui est intéressant dans ce film c'est absence du maître qu'on ne voit jamais en gros plan. Il est omniprésent, il est celui autour duquel tourne ce monde mais on sent que le sujet n'est pas là. Aucune étreinte n'est montrée, son visage même n'apparaît que comme un personnage secondaire. Ce qui se joue dans ce film ce sont les relations entre épouses et concubines et le schéma complexe que constituent leurs vie.

Troisième massage : Scène de massage du maître par la deuxième épouse qui se présente que l'amie la plus proche de la nouvelle arrivée. La suite montrera que les rivalités ne s'encombrent pas de sentiments. Ce massage fait partie des percussions.

Quatrième massage : La flute que lui avait donné le père de Songlian a disparue. Elle appelle Qi Zhao qui lui jure ne pas y avoir touché. Songlian ne la croit pas et l'entraîne de force dans la chambre qu'elle habite. Qi Zhao la supplie, elle dit n'être pour rien dans ce vole mais quand Songlian pousse la porte de la chambre de la servante, elle découvre des lanternes rafistolées et allumées selon le même cérémonial réservé aux épouses. Cela représente un acte grave. Songlian fouille alors les affaires de Qi Zhao à la recherche de sa flute mais à la place de celle-ci, elle trouve une poupée destinée à l'envoûter.
Seulement les caractères écrits dessus ne peuvent avoir écrit par Qi Zhao qui est analphabète. Songlian jure de ne rien révéler de toute cette mise en scène si celle-ci lui révèle qui les a écrit. C'est la deuxième épouse, celle qu'elle croyait être son amie.
Cette figurine ensorcelée constitue une forme de massage chtonien, de massage souterrain non plus destiné à faire du bien mais à inviter le mal. Les caractères peints ainsi que les aiguilles enfoncées sont massage. Ces aiguilles, dans la tradition chinoise ont un double langage puisqu'en effet, ce sont des aiguilles que l'on utilise pour soigner. L'acuponcture est au coeur du système de soin traditionnel chinois mais il est détourné pour devenir une sorte d'anti-acuponcture destinée à tuer. Nous aurions là matière à mener des travaux intéressants le massage et la mort du CFDRM.

Cinquième massage : Les relations entre Songlian et sa servante ne s'estompent pas et nous montrent dans la scène suivante un massage de domination et de hiérarchisation dirigée à l'intention d'une seule. L'épouse, ancienne universitaire qui à du interrompre ses études et donc, ce mouvement vers l'indépendance de l'esprit, par manque d'argent, rejoint le cercle traditionnel par le mariage arrangé qui ré-enferme l'individu en lui demandant de reprendre sa place. A son tour Songlian ne manque pas une occasion de rappeler à Qi Zhao sa place de domestique.
Le massage suivant est manuel, on sent la tension qu'il y à entre Songlian, la dernière des épouses arrivées et sa servante, Qi Zhao. C'est cette servante qui constitue une des concubines. Elle l'oblige à contourner la tradition, à lui masser les pieds, à se soumettre à ce massage de dominant. Qi Zhao est obligée de prendre la place de la vieille édentée préposée au massage et de masser sa maîtresse de façon assez similaire à celui qu'elle aurait eu si elle avait été choisie. Elle marque sa différence et lui stipule qu'à défaut d'avoir été choisie elle reste potentiellement une des élues ce que Qi Zhao n'est pas.

Sixième massage : Nous sommes là en présence d'un autre simulacre de massage dans la chambre de la servante qui rêve au plus profond d'elle-même d'être une de ces épouses. Ce massage fantasmé est à mettre en parallèle avec celui que projette au même instant Songlian qui entend comme tous les personnes de la cité, raisonner les maillets de l'élue du soir.
Cette scène est très belle et nous montre l'ampleur de la solitude de celle que personne jamais ne masse et la puissance de l'esprit que l'imagination transcende.
Zhang Yimou nous montre ici un massage vraiment sompteux qui se caractérise par l'absence de touché. Pour ce faire masser il faut être deux mais quand on ne l'est pas on fait semblant et pour cela, nous avons la scansion de cet autre qui suggère. Le son dans ce film est immédiatement associé au massage mais même sans lui, la seule présence des lampions allumés suffit à installer l'atmosphère douce de la relaxation et de l'érotisme. N'oublions pas que les lumières rouge sont celles de la préparation à l'amour avec le maître.
En France, les lanternes rouges servaient à signaler l'entrée des bordels. Le rouge est associé à la sexualité.

Septième massage : Songlian, feint d'être enceinte comptant sur la présence quotidienne du maître dans sa couche pour l'être réellement. C'est du quitte ou double. Si cela réussi, elle s'imposera comme celle autour de laquelle tournera toute la maison, mais si elle échoue... Elle demande au maître que Zhuoyun, la deuxième épouse, vienne la masser alors qu'elle lui a délibérément coupé l'oreille en la coiffant pour se venger d'avoir écrit son nom sur la poupée retrouvée chez Qi Zhao. Bien sûr, rien n'est dit, tout n'est toujours que sourires et conventions, mais la rivalité entre ces femmes fait rage. Qui a dit que le massage n'était jamais que douceur ?

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