mercredi, 22 juillet 2009

Trois catégories de masseurs

Par chacun de ces articles, je tente de définir toujours plus finement, au gré de mes réflexions, la place du massage et le rapport qu'il entretient avec la sexualité est un sujet vraiment passionnant qui m'amène à repositionner le corps et la place de chaque individu avec le sien, sans pour autant stigmatiser ceux qui détourneraient le massage de ses fins. D'ailleurs, masturber un sexe, celui d'un homme ou celui d'une femme ne saurait être exclue des gestes massants sous prétexte de non conformité aux valeurs établies. Il faut juste que chacun trouve sa place et que je puisse me positionner clairement. Ma situation sociale est une succession de marqueurs positifs par lesquels il me serait aisé de prendre confortablement mes distances avec ces "pseudo masseur(se)s" qui nous voleraient notre légitimité. Dire que le sexe est mal en massage parce que je ne le pratique pas, c'est prendre ma place sur la grille déjà existante des valeurs admises. Les professionnels du sexe étant ceux en bas de l'échelle sociale que l'on placerait encore une fois dans la catégorie des coucous voleurs de nid, comme s'il était possible d'établir une antériorité dans les moeurs.

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Trois catégories de masseurs
J'ai donc isolé trois catégories de masseurs indépendament des pratiques que je vous propose ici : je pense qu'il y a tout d'abord celui qui a compris le parti qu'il pouvait tirer du massage pour vendre de la sexualité en donnant à une clientèle un accès moins crue qu'une tarification au détail ; il y a celui qui entretient une proximité sincère avec le massage tout en s'accommodant de satisfaire plus ou moins fréquement les demandes de fin de séance, quand il n'adosse pas lui-même sa sexualité à celle de ses clients et enfin, il y à celui qui ne jure que par la technicité de son touché, de sa formation et de l'environnement au sein duquel il professe.

Je ne pense pas qu'il faille les cataloguer « prostitution », « perversion » et « professionnalisme », je pense que les trois sont aussi légitimes et nécessaires à l'espèce humaine. La société s'organise en fonction de ses besoins. Pourquoi faire l'effort de masser une heure alors que je ne sais pas spécialement le faire, que je n'en éprouve pas l'envie et que mes clients ne viennent pas pour ce prétexte mais bien pour ce qu'il dissimule ?

Au début de mon propos je parle des "fins du massage" mais de quelles fins s'agit-il et surtout, l'une serait-elle plus prestigieuse que l'autre ? Quelque chose me laisse penser que l'ordre qui suit ces propos va peut-être m'être moins favorable. En effet, des bienfaits que l'on peut attendre du massage il y a par ordre de priorité le thérapeutique, (soins et/ou prévention), le relaxant où je me situe et le sexuel. Et voilà, de la première place, je suis passé à la seconde en jouant sur la seule priorité culturellement acquise de tous mais qui change selon l'angle de vue.

Se soigner ou se prémunir des maladies en ré-ouvrant nos chakras, comme autant de portes vieilles et récalcitrantes destinées à toujours se refermer en coinçant nos énergies dedans semble une priorité assez légitime, en second viendrait la nécessité de se détendre pour n'être plus qu'à l'écoute toute pure de soi et pour finir, nous aurions le massage bassement sexuel. Le soin, la relaxation, le sexe me semble être le bon ordre en effet, et pourtant, pourquoi donner au sexe la dernière place ? Est-ce que le massage sexuel serait une sort de Juda n'écoutant que ses propres intérêts ? Mais tout cela me semble bien teinté de judéo-christianisme. Et si nous metions le sexe en tête, le massage en serait-il dévalorisé pour autant ? L'intention serait-elle le Cheval de Troie que les Grecs de la prostitution auraient utilisés pour faire entrer dans les remparts du massage un sexe ennemi ? Moi je crois que le massage a aussi pour vocation la dispersion de ses acquis pour mieux se reconstituer autour des primitives géométriques qui le parcourent. C'est un peu comme pour les images vectorielles que vous pouvez réduire ou agrandir sans déperdition de qualité en suivant la forme principale qui les composent, cette forme géométrique primitive. Vous pouvez réduir le massage à un point bien précis ou l'élargir pour lui donner une forme plus générale sans qu'il n'y ait de dégardation précisément parce qu'il suit une sort de schéma achétypale attaché à l'espèce qui le pratique et qui retrouve toujours ses propres lignes de force. Le sexe en est une extrêmement puissante et présente partout mais ce n'est pas pour autant qu'il faut lui abandonner l'espace au détriment d'autres formes de touchés, il faut juste en cultiver de nouvelles.
Au fur et à mesure que j'écris, j'essaye de me positionner et de trouver le bon angle de réverbération pour chacun, c'est comme pour la lumière qui n'a pas de couleur et don le spectre en révèle pourtant sept qui ont toutes leur origine et leur fonction.

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Le sexe en massage apanage des prostitués serait donc tout aussi légitime que la thérapies des kinésithérapeutes, ou la relaxation des masseurs qui tentent de parvenir au résultat escompté sans la contribution des deux premières ? Et bien je pense qu'à cela j'ai déjà répondu dans d'autres papiers, ce n'est pas d'atteindre ses objectifs qui est important c'est de savoir comment on s'y prend pour les attendre. L'assujétissement de l'autre a cette forme d'esclavage bourgeois par la sexualité qui se justifierait parce que l'on paye et que les acteurs sont d'accord, ne change rien au fait que l'individu pratique par automatisme des fonctions naturelles. Elle me répugne en massage mais guère plus que de voir des masses aller travailler tous les jours pour une vie souvent miséreuse et que cela profite toujours aux mêmes.

Je suis d'accord que l'on aménage dans nos métiers du massage un espace légal aux professionnel(le)s du sexe.L'ancienneté des pratiques ne les rend ni belles ni bonnes et ce n'est pas tant la prostitution que je souhaite légaliser que la perversion de la loi l'interdisant que je veux changer. Ce qui fait peur c'est l'amalgame, c'est d'être moi-même pris pour un prostitué, assimilé comme tel et en effet, comment me définir vis-à-vis de cet autre dont les moeurs se distinguent pourtant tellement des miennes ? Comment à l'énoncé de mon métier puis-je garantir de ma probité ? A l'énoncé de votre métier vous n'avez à garantir de votre probité et si c'est le regard des autres sur vous qui vous inquiète, alors Je vous dis de le dominer par vos acquis. Je pense que le comportement s'adapte à la pratique et que celui ou celle qui épouse une technique, intègre son enseignement, sa philosophie, fait une vraie formation, organise un espace conforme aux impératifs de qualité qu'il s'est fixé, porte en lui l'éthique qu'il propage. Ce que je conseillerais, c'est de se mettre au clair de ce que l'on sera amené à entendre toute sa vie précisément parce qu'on travaille sur le corps et d'intégrer une bonne fois pour toute que le sexe, voir la prostitution qui en est la forme la plus sysitématique, doit être considérée comme quelque chose de normale. Ma technique n'est ni au-dessus ni en-dessous de telle pratique jugée délétère et si je dois m'en dissocier ce n'est en suivant le faux-plis du réflexe socio-culturel mais par la puissance de ma seule réflexion. Avez-vous ou non travaillé sur le sexe, sur sa place en massage ? Vous entendrez toujours ses allusions gourmandes sur l'horizon des possibles avec vous mais lorsque vous écoutez un enfant apprendre à lire, vous ne le traîtez pas de crétin, la réponse est dans la pédagogie. Toujours vous aurez des massé(e)s ânonnants, des personnes qui se cherchent et si vous leur renvoyez les textes caduques de la loi ou des moeurs, ils se détourneront de vous alors que si vous leur expliquez, par les mots ou par la beauté de votre travail que ces moments que vous dessinez pour lui et sur lui valent, non pas mieux mais autrement par la rareté de ceux qui le pratiquent, et bien, celui que vous aurez enmené l'aura vraiment été pour autre chose. Même s'il y a pensé très fort, qu'il y a tenté souvent, ce que vous lui aurez donné ne restera pas sans mémoire.

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Ce n'est pas le prostitué qui porte la prostitution, c'est le sexe qui la génère et l'homme la pratique tout autant qu'il la condamne mais c'est toujours l'exécutant que l'on critique et non le commenditaire. Le client de la prostituée n'est jamais nommé, il garde son qualificatif de "client" c'est-à-dire de consommateur alors que la praticienne se dévalorise socialement. C'est cela qu'il faut combattre et ce sera sûrement l'objet d'un nouveau papier. En tout cas, dans la fédération du massage français que je compte créer, les professionnel(le)s du sexe seront représenté(e)s.

Mercredi 22 juillet 2009
Par Alain Cabello