samedi, 25 juillet 2009

Spartacus, homosexualité et massage

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Texte libre de droits non commerciaux, produit bénévolement par Alain Cabello le samedi 25 juillet 2009 au bénéfice du CFDRM.
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Massage et cinéma
Spartacus
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Spartacus est à l'origine un livre écrit par l'écrivain américain, Howard Fast, né à New York en 11 novembre 1914 où il mourra en 2003. Edité dans les années cinquante, ce livre sera adapté au cinéma dix ans plus tard par Dalton Trumbo et dont la réalisation sera confiée à Stanley Kubrick. Dès sa sortie, le film rejoindra la liste noire du cinéma établie par le maccarthysme et quelques scènes seront censurées dont un dialogue de prostitution homosexuelle entre deux hommes, ayant pour toile de fond, un massage...

Le synopsis de Spartacus de 1960 :  73 avant J. C. Alors que la République romaine est en pleine décadence, en proie aux rivalités des ambitieux (Crassus, Pompée et déjà le jeune César), l’esclave Spartacus s’échappe avec ses compagnons d’une école de gladiateurs et devient le chef d’une révolte d’esclaves qui menace Rome. Crassus veut exploiter la situation pour devenir le maître de la République, tandis que le sénateur Gracchus essaie de pousser son protégé, César, pour contrer Crassus.

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C'est dans ce scénario, que nous découvrons la bi-sexualité de Marcus Licinius Crassus que joue Laurence Olivier, mise en lumière lors de son bain, quand il demande à son jeune esclave, Antoninus joué par Tony Curtis, de le rejoindre avec un siège...
Antoninus ne porte à la taille un short court, il prend un tabouret, descend avec dans le bassin, le dépose en son centre, Crassus s'y assied.
Spartacus_1960_3.JPGLa scène est lointaine, filmée en surplomb, nous la voyons d'ailleurs derrière un voile qui sépare les thermes des appartements privés de Crassus.
Antoninus entreprend de masser le dos de son maître alors que s'engage une étrange conversation sur les vertus de la bisexualité dont les sexes se font huîtres pour parler de celui des femmes et escargots pour imager celui des garçons. Cette scène est d'autant plus mythique qu'elle est un marqueur fort d'homosexualité au cinéma, faisant de cette pratique montrée ici comme tout-à-fait établie dans l'antiquité, la contestation de son interdiction aux USA dans les années soixante. Le dialogue est extrêmement bien amené sous les hospices de deux symboles puissants de l'intimité, le bain et le massage. Dès lors, ce film devient particulièrement important aussi bien dans l'histoire de la prise de parole publique de l'homosexualité comme dans l'histoire du massage au cinéma dans la mesure où il transpose, par le biais d'un focus historique, le rapport de force entre maître/massé et masseur/soumis au désir qui s'exprime par une exigence de prostitution.
La lecture de cette scène devient alors aussi bien cinématographie et revendication homosexuelle que masso-pratique et confrontation aux sexualités.

Je vous livre ici la fameuse scène.


Spartacus huitres escargots 

Voici le dialogue : 

Crassus– Vas me chercher un siège Antoninus - Mets-le dans l'eau
Antoninus descend dans le bassin, le pose au milieu
_ Là ça ira
Crassus s'y assied tandis qu'Antoninus lui masse le haut du dos avec de l'huile qu'il verse d'une fiole de verre.
Crassus– As-tu jamais volé, Antoninus ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – As-tu jamais menti ?
Antoninus – Pas, si je peux l’éviter.
Crassus – As-tu jamais, déshonoré les dieux ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Te réfrènes-tu de ces vices par respect des, vertus, morales ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Manges-tu des huîtres ?
Antoninus – Lorsque j'en ai, maître.
Crassus – Manges-tu des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?
Antoninus – Non, maître.
Crassus – Bien sûr que non. Tout est une question de goût, n'est-ce pas ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Et le goût n'est pas semblable à l'appétit, et donc n'a aucun rapport avec la moralité, n'est-ce pas ?
Antoninus – Cela pourrait sans doute se discuter, maître.
Crassus– Ça suffit. Mes vêtements, Antoninus.
Ils sortent tous les deux du bain, Antoninus en tête afin d'envelopper son maître d'une toge. Sur son épaule Antoninus lui met une étole.
– Pour satisfaire mes goûts, il me faut des huîtres et des escargots.
Antoninus écarte le voilage afin de laisser le passage libre à Crassus qui apparaît dans la pièce attenante à ses appartements.
Crassus– Regardes Antoninus.
Crassus se dirige vers le balcon duquel on voit, de l'autre côté du Tibre, passer une garnison romaine, capée de pourpre.
Crassus – De l'autre côté du fleuve il y a quelque chose qui vaut la peine d'être vu.
– Là, mon garçon, [Crassus se retourne en direction de son esclave] c'est Rome…, la puissante, la majestueuse…, la terrible cité de Rome. Le colosse qui domine le monde du levant au couchant. Nul ne peut résister à Rome, personne, aucun homme et aucune nation… et moins encore, un jeune garçon. [Crassus se retourne de nouveau en direction du paysage et poursuit]
– Il n'existe qu'une façon de traiter avec Rome Antoninus, il faut la servir, il faut courber la tête devant elle, ramper à ses pieds, il faut l'aimer. Ais-je raison Antoninus ?
[Lorsque Crassus se retourne en attendant la réponse, son esclave a disparu.]
– Antoninus ? Antoninus ?
La scène s'arrête là.
La seule alternative d'Antoninus c'est la fuite, le "Ais-je raison Antoninus ?" de son maître ne laisse la place qu'à une affirmation contrainte et non pensée. Le stade suivant ne pouvait être pour cet homme que l'acquiescement ou la fuite en guise de rébellion.

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A partir de cette scène qui découle d'un massage, Antoninus décide de fuir le service de son maître. Il est évident que dans l'antiquité les patriciens romains propriétaires de leur maison comme de leurs esclaves ne s'embêtaient pas d'autorisation pour abuser de leur personnel qu'ils achetaient en conséquence. Il se faisaient servir, habiller, déshabiller, masser, laver et selon les orientations, la sexualité était facile, obligé et d'autant plus exacerbée que ces soldats partaient régulièrement en mission et risquaient à tout moment d'être tués. C'est ce qu'il se passe ici. Rome se lève contre la révolte des esclaves menée par Spartacus, ancien gladiateur qui s'échappe avec une centaine d'esclaves et monte une armée pour s'opposer à la rudesse de leurs maîtres. Crassus doit partir ce qui pourrait expliquer l'élégance de l'approche. L'homosexualité qui n'était pas condamnée répondait à des codes dont la sodomie n'était pas la moindre de leurs transgressions et méritait quelques discrétions. Le citoyen romain pouvez abuser aussi bien des femmes, des hommes que des enfants de sa maison mais il devait toujours rester le dominant. Pas question de sodomie venant du personnel sur quelque membre de la famille et tout particulièrement sur les mâles qui devaient  rester actifs en toute circonstance. Cela n'empêchait pas qu'elle ait pas lieu, mais il ne fallait pas que cela se sache et ceux dont l'homosexualité était de notoriété publique, faisaient l'objet de railleries permanentes, de graffitis sur les murs de Rome et même de pamphlet lorsque le personnage était important.
Par contre, historiquement, alors que les romains déambulaient la plus part du temps nus dans les thermes publics, après avoir remis leur toge aux Apodytaires, vestiaires tenus par des esclaves appelés Capsaires, il est étonnant de voir qu'un romain disposant de ses propres bains, laisse son esclave habillé sachant qu'il le convoite. Les pauses où Crassus lui-même est habillé dans son bain ne répond en fait qu'à la censure mais dans le film, il est bien nu comme nous le voyons sur une autre photo.
Les esclaves étaient néanmoins coûteux et selon les périodes et la richesse de la famille qui les détenait, ils restaient bien traités notamment lorsqu'ils étaient érudits comme beaucoup de grecs très prisés pour occuper le poste de précepteurs des jeunes romains. Antoninus est particulièrement instruit, en fait il est poète ce qui explique que s'il répond avec déférence à l'autorité qui le gouverne, il se méfie de ce qu'il répond et parle avec mesure.
Reprenons.

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Crassus fait descendre son esclave dans son bain et lui demande de venir avec un siège. Il serait intéressant de savoir les sources d'inspiration de Howard Fast mais ce dont on peut déjà en déduire c'est que nous avons là un massage assis...
Crassus ne prend pas de front son esclave mais le ménage considérablement en abordant l'homosexualité qu'il considère comme normale, sur le registre du défaut. En effet, il commence par lui demander s'il n'a jamais volé, menti, (sans doute pour s'assurer de la véracité de la réponse que lui fera Antoninus et la réponse est déjà prudente) "Pas, si je peux l’éviter".
- As-tu jamais, déshonoré les dieux" et après la même réponse laconique et obéissante de l'esclave il poursuit par : "Te réfrènes-tu de ces vices par respect des, vertus, morales ?". Antoninus répond que oui, il respecte ce qui doit être respecté parmi les vertus comprises comme telles à l'époque. C'est là que le piège se referme lorsqu'il axe l'échange sur les mœurs...
Crassus – Manges-tu des huîtres ?
sous-entendu, aimes-tu les femmes ?
Antoninus – Lorsque j'en ai, maître.
La réponse est ambiguë et laisse penser que lorsqu'il en à il en mange, certes, mais que cela n'est pas être sa priorité, alors qu'un enthousiasme sincère et spontané aurait de fait laisser présager la place congrue laissée à tout autre alternative.
– "Lorsque j'en ai, maître" mais si je n'en ai pas, je pourrais me contenter des attraits de l'autre sexe... En même temps, sa réponse se double d'une logique assez implacable, "lorsque je n'en ai pas je ne peux de fait pas en manger"... Crassus poursuit donc sur cette ouverture :
Crassus – Manges-tu des escargots ?
Autrement dit, "Aimes-tu les le sexe des hommes ?"
Antoninus – Non, maître.
Crassus le coince ici
Crassus – Considères-tu que c'est moral de manger des huîtres et immoral de manger des escargots ?
En un mot, l'homosexualité te semble-t-elle immorale ?
Antoninus – Non, maître.
Antoninus ne peut répondre autre chose mais en disant cela il valide le fait que l'homosexualité et sa pratique ne se situe donc pas en contradiction avec les Dieux et la moralité, d'ailleurs, il referme la nasse sur son esclave en rajoutant comme entendu :
 – Bien sûr que non. Tout est une question de goût, n'est-ce pas ?
Antoninus – Oui, maître.
Crassus – Et le goût n'est pas semblable à l'appétit, et donc n'a aucun rapport avec la moralité, n'est-ce pas ?
Crassus lui dit très finement que l'on peut avoir le goût des homme sans en avoir l'appétit, c'est-à-dire la pratiquer sans l'aimer...
Antoninus se rebiffe mais il est déjà trop tard, le piège s'est refermé sur lui
Antoninus – Cela pourrait sans doute se discuter, maître.
Il lui répond que son affirmation pourrait être contestée mais Crassus l'entraîne au fond de sa logique de dominant en interrompant l'échange
Crassus– Ça suffit. Mes vêtements, Antoninus.
et il rajoute que pour son bon plaisir :
– Pour satisfaire mes goûts, il me faut des huîtres et des escargots.
Autrement dit, il me faut des femmes mais il me faut aussi des garçons, ce n'est pas une préférence mentionnée dans une conversation entre égaux, c'est un ordre qui se traduit par, "tu es à mon service et par conséquent, pour me satisfaire, il faut te donner complètement, que tu en aies ou non l'appétit, dès lors que j'en ai le goût". Ce qu'il avait tenter d'obtenir par la persuasion il l'exige par la métaphore et ce qui était une formulation élégante au départ devient un ultimatum à peine déguisé :

Crassus – De l'autre côté du fleuve il y a quelque chose qui vaut la peine d'être vu.
– Là, mon garçon, [Crassus se retourne en direction de son esclave] c'est Rome…, la puissante, la majestueuse…, la terrible cité de Rome. Le colosse qui domine le monde du levant au couchant. Nul ne peut résister à Rome, personne, aucun homme et aucune nation… et moins encore, un jeune garçon.
[Le message est clair, Rome c'est moi en tant que patricien romain et ce qui vaut la peine d'être vu, ce qui domine le monde, ce qui suffit à susciter la terreur ne peut être contesté dans ses désirs. Nul ne peut résister à Rome, et donc à moi, Crassus, personne, aucun homme et nous montons dans la hiérarchie de l'évocation des forces croissante, aucune nation… C'est juste après nation que Crassus donne le coup de grâce en regardant Antoninus dans les yeux, si aucune nation ne peut résister, comment un jeune garçon pourrait-il me résister alors qu'il est à mon service ?
[Crassus se retourne de nouveau en direction du paysage et poursuit]
– Il n'existe qu'une façon de traiter avec Rome Antoninus, il faut la servir, il faut courber la tête devant elle, ramper à ses pieds, il faut l'aimer. Ais-je raison Antoninus ?
[Lorsque Crassus se retourne en attendant la réponse, son esclave a disparu.]
– Antoninus ? Antoninus ?
Il exige ainsi que son esclave lui cède sans résistance, qu'il traite avec lui, même si l'irrédentisme de ce romain vise à l'invasion de son propre corps par le sien. Il faut qu'il le serve, qu'il courbe la tête, qu'il rampe à ses pieds, qu'il l'aime enfin, le don doit être total. Il devenir son amant. A cette manifestation de force, l'esclave, le soumis n'a que l'impuissance de laisser faire ce que dans sa nature même il exècre comme tant d'autres avant lui, et ce, jusqu'aux nation, violées, comme lui sera violé, à ceci près qu'Antoninus répond par la résistance. Que personne, qu'aucune nation ne puisse désobéir à Rome ne signifie pas qu'il s'en interdise la liberté individuelle de lui dire non.
Ne pas attendre la fin de la réflexion de Crassus, ne pas l'écouter jusqu'au bout c'est lui couper la parole, c'est répondre au sens qu'on ne partage plus mais qu'on impose, par l'absence qu'on inflige en indiquant que même Rome ne peut prétendre à tout de tout le monde. 

La métaphore que ce romain utilise dans cette période près-chrétienne est la même que celle que nous rencontrons dans le massage au quotidien. C'est l'illustration de ce rapport de force permanent et la place de l'intimidation et l'expression récurrente du désir de celui qui règne. Confronté à la sexualité, à celui qui a le pouvoir de l'argent, quelle attitude prendre ? Le risque de la résistance ou l'apathie de la soumission ? Cette scène est une allégorie de la prostitution et elle est d'autant plus intéressante qu'elle naît d'un massage, d'une décente dans le bain de son maître pour lui masser le dos, pour le nettoyer d'une éponge, pour le satisfaire. Seulement obéir aux contraintes de l'esclavagisme ou aux nécessités qu'implique sa fonction ne signifie pas renoncer à toute possession de soi-même. La fuite comme symbole de refus, de perte de position est ici préférée à la prostitution comme renoncement de son identité. Se donner sexuellement à son maître comme à son client en massage, c'est abandonner au désir de l'autre l'infime espace de liberté que renferme le prodigieux élan qu'impulse le corps lorsqu'il se donne à l'intime de celui ou de celle qu'il à choisi.

Le droit que se réserve chaque Être à se donner, implique le combat qu'il doit mener pour que ce don découle bien de sa seule volonté et soit proportionnel à l'énergie qu'il est prêt à y mettre pour le défendre afin que l'implication, la force de cette mise en commun volontaire d'une partie de sa souveraineté soit un cadeau et non une spoliation. L'abandon est l'antithèse du don, c'est la renonciation, la mort de la volonté dont la passivité du oui est l'acte d'enfermement. Être sous influence n'est pas l'expression de l'inexistence mais de l'acceptation d'une partition de ses prérogatives dont l'esclavage est la renonciation à les faire valoir. Ici il s'agit bien du choix et de la place que chacun s'octroie face à l'autorité brutale.

Être sous influence n'est pas l'expression de l'inexistence mais de l'acceptation d'une partition de ses prérogatives. Ici il s'agit bien du choix et de la place que chacun s'octroie face à l'autorité brutale.
Antoninus choisi de fuir pour mieux se révolter et rejoindre le soulèvement de Spartacus alors que Rome et son maître s'apprète justement à combattre. Ce n'est donc pas une évasion sans but mais un refus d'appartenir à ceux qui semblent tout-puissants. Dire non c'est se réserver une marge qui ne soit pas sous influence et de laquelle je suis le seul décisionnaire.

mercredi, 22 juillet 2009

Trois catégories de masseurs

Par chacun de ces articles, je tente de définir toujours plus finement, au gré de mes réflexions, la place du massage et le rapport qu'il entretient avec la sexualité est un sujet vraiment passionnant qui m'amène à repositionner le corps et la place de chaque individu avec le sien, sans pour autant stigmatiser ceux qui détourneraient le massage de ses fins. D'ailleurs, masturber un sexe, celui d'un homme ou celui d'une femme ne saurait être exclue des gestes massants sous prétexte de non conformité aux valeurs établies. Il faut juste que chacun trouve sa place et que je puisse me positionner clairement. Ma situation sociale est une succession de marqueurs positifs par lesquels il me serait aisé de prendre confortablement mes distances avec ces "pseudo masseur(se)s" qui nous voleraient notre légitimité. Dire que le sexe est mal en massage parce que je ne le pratique pas, c'est prendre ma place sur la grille déjà existante des valeurs admises. Les professionnels du sexe étant ceux en bas de l'échelle sociale que l'on placerait encore une fois dans la catégorie des coucous voleurs de nid, comme s'il était possible d'établir une antériorité dans les moeurs.

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Trois catégories de masseurs
J'ai donc isolé trois catégories de masseurs indépendament des pratiques que je vous propose ici : je pense qu'il y a tout d'abord celui qui a compris le parti qu'il pouvait tirer du massage pour vendre de la sexualité en donnant à une clientèle un accès moins crue qu'une tarification au détail ; il y a celui qui entretient une proximité sincère avec le massage tout en s'accommodant de satisfaire plus ou moins fréquement les demandes de fin de séance, quand il n'adosse pas lui-même sa sexualité à celle de ses clients et enfin, il y à celui qui ne jure que par la technicité de son touché, de sa formation et de l'environnement au sein duquel il professe.

Je ne pense pas qu'il faille les cataloguer « prostitution », « perversion » et « professionnalisme », je pense que les trois sont aussi légitimes et nécessaires à l'espèce humaine. La société s'organise en fonction de ses besoins. Pourquoi faire l'effort de masser une heure alors que je ne sais pas spécialement le faire, que je n'en éprouve pas l'envie et que mes clients ne viennent pas pour ce prétexte mais bien pour ce qu'il dissimule ?

Au début de mon propos je parle des "fins du massage" mais de quelles fins s'agit-il et surtout, l'une serait-elle plus prestigieuse que l'autre ? Quelque chose me laisse penser que l'ordre qui suit ces propos va peut-être m'être moins favorable. En effet, des bienfaits que l'on peut attendre du massage il y a par ordre de priorité le thérapeutique, (soins et/ou prévention), le relaxant où je me situe et le sexuel. Et voilà, de la première place, je suis passé à la seconde en jouant sur la seule priorité culturellement acquise de tous mais qui change selon l'angle de vue.

Se soigner ou se prémunir des maladies en ré-ouvrant nos chakras, comme autant de portes vieilles et récalcitrantes destinées à toujours se refermer en coinçant nos énergies dedans semble une priorité assez légitime, en second viendrait la nécessité de se détendre pour n'être plus qu'à l'écoute toute pure de soi et pour finir, nous aurions le massage bassement sexuel. Le soin, la relaxation, le sexe me semble être le bon ordre en effet, et pourtant, pourquoi donner au sexe la dernière place ? Est-ce que le massage sexuel serait une sort de Juda n'écoutant que ses propres intérêts ? Mais tout cela me semble bien teinté de judéo-christianisme. Et si nous metions le sexe en tête, le massage en serait-il dévalorisé pour autant ? L'intention serait-elle le Cheval de Troie que les Grecs de la prostitution auraient utilisés pour faire entrer dans les remparts du massage un sexe ennemi ? Moi je crois que le massage a aussi pour vocation la dispersion de ses acquis pour mieux se reconstituer autour des primitives géométriques qui le parcourent. C'est un peu comme pour les images vectorielles que vous pouvez réduire ou agrandir sans déperdition de qualité en suivant la forme principale qui les composent, cette forme géométrique primitive. Vous pouvez réduir le massage à un point bien précis ou l'élargir pour lui donner une forme plus générale sans qu'il n'y ait de dégardation précisément parce qu'il suit une sort de schéma achétypale attaché à l'espèce qui le pratique et qui retrouve toujours ses propres lignes de force. Le sexe en est une extrêmement puissante et présente partout mais ce n'est pas pour autant qu'il faut lui abandonner l'espace au détriment d'autres formes de touchés, il faut juste en cultiver de nouvelles.
Au fur et à mesure que j'écris, j'essaye de me positionner et de trouver le bon angle de réverbération pour chacun, c'est comme pour la lumière qui n'a pas de couleur et don le spectre en révèle pourtant sept qui ont toutes leur origine et leur fonction.

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Le sexe en massage apanage des prostitués serait donc tout aussi légitime que la thérapies des kinésithérapeutes, ou la relaxation des masseurs qui tentent de parvenir au résultat escompté sans la contribution des deux premières ? Et bien je pense qu'à cela j'ai déjà répondu dans d'autres papiers, ce n'est pas d'atteindre ses objectifs qui est important c'est de savoir comment on s'y prend pour les attendre. L'assujétissement de l'autre a cette forme d'esclavage bourgeois par la sexualité qui se justifierait parce que l'on paye et que les acteurs sont d'accord, ne change rien au fait que l'individu pratique par automatisme des fonctions naturelles. Elle me répugne en massage mais guère plus que de voir des masses aller travailler tous les jours pour une vie souvent miséreuse et que cela profite toujours aux mêmes.

Je suis d'accord que l'on aménage dans nos métiers du massage un espace légal aux professionnel(le)s du sexe.L'ancienneté des pratiques ne les rend ni belles ni bonnes et ce n'est pas tant la prostitution que je souhaite légaliser que la perversion de la loi l'interdisant que je veux changer. Ce qui fait peur c'est l'amalgame, c'est d'être moi-même pris pour un prostitué, assimilé comme tel et en effet, comment me définir vis-à-vis de cet autre dont les moeurs se distinguent pourtant tellement des miennes ? Comment à l'énoncé de mon métier puis-je garantir de ma probité ? A l'énoncé de votre métier vous n'avez à garantir de votre probité et si c'est le regard des autres sur vous qui vous inquiète, alors Je vous dis de le dominer par vos acquis. Je pense que le comportement s'adapte à la pratique et que celui ou celle qui épouse une technique, intègre son enseignement, sa philosophie, fait une vraie formation, organise un espace conforme aux impératifs de qualité qu'il s'est fixé, porte en lui l'éthique qu'il propage. Ce que je conseillerais, c'est de se mettre au clair de ce que l'on sera amené à entendre toute sa vie précisément parce qu'on travaille sur le corps et d'intégrer une bonne fois pour toute que le sexe, voir la prostitution qui en est la forme la plus sysitématique, doit être considérée comme quelque chose de normale. Ma technique n'est ni au-dessus ni en-dessous de telle pratique jugée délétère et si je dois m'en dissocier ce n'est en suivant le faux-plis du réflexe socio-culturel mais par la puissance de ma seule réflexion. Avez-vous ou non travaillé sur le sexe, sur sa place en massage ? Vous entendrez toujours ses allusions gourmandes sur l'horizon des possibles avec vous mais lorsque vous écoutez un enfant apprendre à lire, vous ne le traîtez pas de crétin, la réponse est dans la pédagogie. Toujours vous aurez des massé(e)s ânonnants, des personnes qui se cherchent et si vous leur renvoyez les textes caduques de la loi ou des moeurs, ils se détourneront de vous alors que si vous leur expliquez, par les mots ou par la beauté de votre travail que ces moments que vous dessinez pour lui et sur lui valent, non pas mieux mais autrement par la rareté de ceux qui le pratiquent, et bien, celui que vous aurez enmené l'aura vraiment été pour autre chose. Même s'il y a pensé très fort, qu'il y a tenté souvent, ce que vous lui aurez donné ne restera pas sans mémoire.

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Ce n'est pas le prostitué qui porte la prostitution, c'est le sexe qui la génère et l'homme la pratique tout autant qu'il la condamne mais c'est toujours l'exécutant que l'on critique et non le commenditaire. Le client de la prostituée n'est jamais nommé, il garde son qualificatif de "client" c'est-à-dire de consommateur alors que la praticienne se dévalorise socialement. C'est cela qu'il faut combattre et ce sera sûrement l'objet d'un nouveau papier. En tout cas, dans la fédération du massage français que je compte créer, les professionnel(le)s du sexe seront représenté(e)s.

Mercredi 22 juillet 2009
Par Alain Cabello